La Tchétchénie élit son président

La Tchétchénie élit son président

L’ancien mufti, âgé de 52 ans et qui a en main depuis trois ans les ressources administratives et les infrastructures policières de la république rebelle, devrait, sauf surprise, l’emporter dès le premier tour. Mais cette victoire attendue a peu de chance d’apporter la paix à la république caucasienne. Tous les candidats à même de lui faire concurrence ont été écartés du scrutin. Et ses six adversaires encore en course reconnaissent, eux-mêmes, que leurs chances sont nulles. A Grozny, le coeur des électeurs était à la résignation, voire à la peur. « Je vais voter pour Kadyrov. Dans Grozny, on ne voit que son portrait. On ne connaît même pas le nom de famille des autres candidats. Mais je ne sais pas ce que j’espère », dit Elsa Ibragimova, 23 ans. Le bureau numéro 378, où elle s’apprête à déposer le bulletin vert est surveillé par trois « observateurs », tous au service de M. Kadyrov. Grozny, dévastée par quatre ans d’une guerre meurtrière et destructrice, est beaucoup plus calme que d’ordinaire. Les marchés ont été fermés, et nombre de familles ont préféré partir à la campagne, en raison de rumeurs d’attentats que les rebelles auraient prévu d’organiser. Dès 14H00 locales (08H00 GMT) la commission électorale annonçait une participation de plus de 43%, et la pronostiquait à plus de 70% pour la fin de journée. Dans certains districts toutefois, même si la musique résonnait dans les bureaux de vote, l’enthousiasme semblait absent et la participation très faible, selon des correspondants de l’AFP, comme à Alkhan-Kala (sud-ouest) où l’on dénombrait en milieu de journée un électeur toutes les demi-heures, ou à Chali (sud-est) où l’on comptait trois électeurs en une heure dans un bureau de vote. Pour sa part M. Kadyrov a été accueilli par une foule en liesse dans son fief de Tsentoroï (est), où il est venu voter, accompagné de sa famille. « J’annonce la création d’une commission d’enquête sur tous les cas de disparitions et autres crimes commis sur notre terre », a-t-il lancé. Les meurtres et les enlèvements de civils sont fréquents depuis le début de la seconde guerre en 1999, et les milices de M. Kadyrov sont souvent accusées par les Tchétchènes d’en être les principales responsables. Déjà omniprésentes d’ordinaire, les mesures de sécurité ont partout été renforcées. Chaque bureau est gardé par des hommes en armes et des maîtres chiens. Certains sont équipés de détecteur de métaux. Dans d’autres, on ne peut entrer sans subir une fouille. Quelque 15.000 policiers ont été mobilisés à travers la république caucasienne, où se trouvent en outre toujours 80.000 hommes des forces fédérales. L’élection, qui se déroulait sans incidents notables, est présentée par le Kremlin comme la clef de voûte de sa politique de « stabilisation », même si en Tchétchénie le futur président Kadyrov et ses milices armées sont si impopulaires qu’ils font plus peur encore que les troupes fédérales. « Les gens de Kadyrov font peur, mais il pourra peut-être restaurer le pays et redonner du travail aux jeunes », espère Luisa, une trentaine d’années. Parmi les grandes organisations internationales, seules l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et la Ligue arabe ont envoyé des observateurs. Ce scrutin « n’est pas une véritable élection », avait jugé le rapporteur pour la Tchétchénie à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Les premières estimations officielles sont attendues lundi matin.

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