La tentative désespérée de Blair

Tony Blair a tenté de limiter l’ampleur de la défaite que les sondages prédisent aux travaillistes britanniques aux élections locales jeudi, en mettant en avant le bilan de ses neuf années au pouvoir.
Le Premier ministre a défendu les acquis de sa politique lors d’une houleuse séance de questions aux Communes, tandis que les deux partis d’opposition appelaient à nouveau à la démission du ministre de l’Intérieur Charles Clarke.
M.Clarke avait été contraint d’admettre la semaine dernière que 1023 délinquants et criminels étrangers n’avaient pas été expulsés à l’issue de leur peine, et que plus de la moitié étaient introuvables. Cinq d’entre eux ont depuis récidivé.
Pour ne rien arranger, la presse révélait mercredi que l’un des hommes les plus recherchés au Royaume-Uni, pour sa participation au meurtre d’une policière, était un ancien détenu somalien. L’homme n’était pas dans le lot des 1.000 -il n’avait pas été expulsé en raison de la situation dans son pays- mais la nouvelle n’en a pas moins fait les gros titres. Le sujet a dominé comme prévu la séance hebdomadaire, avec notamment un feu roulant de questions du dirigeant conservateur David Cameron, qui a accusé Tony Blair de lui fournir des réponses "pitoyables". M. Blair, très pugnace, a défendu pour sa part son ministre, affirmant que Charles Clarke était le mieux placé pour réparer les erreurs commises. Le chef du gouvernement a également contre-attaqué, en annonçant son intention de rendre automatique l’expulsion des délinquants étrangers à l’issue de leur peine de prison, voire avant la fin de celle-ci. M.Blair en personne aura fait campagne, sur le terrain, ces deux derniers jours jusqu’à la dernière heure. Les medias et analystes politiques spéculent sur un ample remaniement ministériel en début de semaine prochaine.
La majorité de centre-gauche travailliste se débat avec les conséquences d’une accumulation de mauvaises nouvelles : l’affaire des détenus étrangers, la ministre de la Santé huée au congrès des infirmières et empêchée de finir un discours, enfin la révélation d’une liaison extraconjugale -dont la presse accumule les détails- entre le vice-Premier ministre et sa secrétaire. Ce dernier, John Prescott, était absent de la séance parlementaire.
"Neuf jours de titres dans la presse ne peuvent obscurcir neuf années de réussite", a plaidé M. Blair mardi, à l’occasion du neuvième anniversaire de son entrée au 10, Downing Street.
Reconnaissant des "erreurs", il a appelé à "prendre du recul et considérer la vue d’ensemble plutôt que les moindres détails", avant de conclure que "ce pays est plus fort, plus juste et meilleur qu’en 1997". On vote jeudi dans moins de la moitié des 388 collectivités locales d’Angleterre -et pas en Ecosse, au Pays de Galles ni en Irlande du Nord. Le quart des 19.500 élus locaux anglais doit être renouvelé. La défaite paraît certaine pour les travaillistes, mais son ampleur dépend d’une infinité de facteurs locaux. Les zones les plus observées seront Londres, où les travaillistes devraient perdre plusieurs conseils de quartier, et Birmingham, la deuxième ville du pays, où le résultat est très incertain. Les travaillistes espèrent ne pas faire plus mal qu’en 2004, quand ils avaient perdu 150 sièges. Le parti était arrivé en 3e position avec 26% des voix, derrière la droite conservatrice (38%) et les libéraux-démocrates (30%). D’après l’analyste du Times mercredi, tout résultat moins mauvais serait "un soulagement".

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