«Le bar» : la réalité et l’illusion

Lundi soir à Casablanca, il est 20h. Une ambiance particulière règne dans une villa du quartier Polo à Casablanca. De gros camions surchargés sont stationnés devant cette vieille maison. Qu’on se détrompe. Ce n’est pas d’un déménagement qu’il s’agit. Les squatters constituent, en réalité, l’équipe –90 personnes- du tournage du film «Le Bar» réalisé par Hassan Benjelloun. Ce soir-là, c’est le départ des derniers juifs marocains de Bejaad vers Casablanca. Destination : Israël. Un autobus peint en blanc et bleu occupe une partie du jardin ombragé. Ce même bus se chargera du transport de ces derniers, membres de la communauté juive du Maroc. 
La scène douloureuse du départ est censée se passer dans cette cité située à proximité de Khouribga. Mais, par commodité et faute de moyens, le cinéaste a préféré réduire les charges et filmer la majorité des scènes à Casablanca. «Notre budget est limité et nous ne pouvons pas assumer certains frais, pour nous en sortir, nous étions obligés de nous contenter des moyens du bord», déclare Hassan Benjelloun la gorge serrée. Le cinéaste a réussi à trouver certains décors de substitution. Et pour son bonheur, dans cette même villa du Polo appartenant à un étranger, le réalisateur a retrouvé la copie conforme d’un mur de Bejaad. «Ce mur servira de raccord pour les scènes que nous allons tourner à Bejaad», confie un technicien habitué au travail de Hassan Benjelloun. Les contraintes du tournage n’ont cependant pas empêché le réalisateur de refléter le climat de cette société juive marocaine des années 60. Une histoire qui a particulièrement intéressé ce réalisateur auteur de jugement d’une femme. Il a lui même assisté au départ de certains membres de cette communauté dans sa ville natale, Settat. Après avoir reçu la subvention de 300.000DH du fonds d’aide au soutien cinématographique au titre de l’année 2005-2006, il fonce. Il se débrouillera le reste du montant qui sera recueilli aux côtés de certains pays étrangers comme la France et le Canada. Le budget du «Bar» s’élève aujourd’hui à sept millions DH. «Ce n’est toujours pas suffisant» confie le réalisateur. Preuve en est, la scène du retour à Israël sera filmée dans un camping à Harhoura. Cette décision est due à plusieurs raisons. «Non seulement c’est une question de moyens, mais c’est aussi un choix personnel». Le réalisateur n’a effectué aucune démarche pour obtenir l’autorisation du tournage de la part du gouvernement israélien.
De toutes les manières, le cinéaste était sûr et certain que l’autorisation lui sera refusée. «Ils ne vont jamais accepter qu’on transmette une image négative d’Israël», a t-il ajouté. Israel est décrite en effet dans «le bar» comme étant une véritable illusion. Cette utopie est incarnée à travers le personnage de «Rahal», une jeune marocaine de confession juive âgée de 18 ans. Interprétée par une lauréate de l’Institut Rim Chmaou, Rahal rêve d’Israël. Elle entend des récits qui la fascinent, la passionnent. Partir devient son seul but, voire le moteur de sa vie. Une fois là-bas, elle sera déçue. «Rahal ira même jusqu’à abandonner son amour, Hassan-interprété par Rabii Katii» pour s’envoler vers Israël, mais lorsqu’elle arrive c’est la désillusion, la grosse déception», raconte Rim Chmaou.
Si le seul rêve de «Rahal» est de découvrir Israël, les autres membres de la communauté juive se trouvent dans l’obligation de suivre leurs proches. «Certains seront tellement habitués à la vie paisible du Maroc qu’ils auront du mal à partir», souligne l’acteur Salaheddine Benmoussa qui joue le rôle de Yahya. Ce dernier ne se sépare pas de son épouse interprétée par un nouveau visage, membre de l’association des droits de l’Homme (AMDH) Touria Laktib.  Le tournage du «Bar» se poursuivra pour une semaine encore. Cette fois-ci dans le vrai décor de Bejaad.

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