Le cardinal Joseph Ratzinger devient Benoît XVI

Un nouveau pape a été élu mardi au soir du deuxième jour du conclave, par les 115 cardinaux enfermés dans la chapelle Sixtine au Vatican, dix-sept jours après la mort de Jean Paul II.  L’élection a été annoncée par une fumée blanche sortie de la cheminée de la Sixtine, et confirmée dix minutes plus tard par les cloches du Vatican sonnant à toute volée.  L’identité et le nom pris par le nouveau chef de 1,1 milliard de catholiques devaient rester inconnus pendant une quarantaine de minutes avant d’être annoncés du balcon de la basilique Saint-Pierre, où il devait apparaître pour la première fois aux milliers de fidèles qui ont commencé à affluer sur la place Saint-Pierre.  Le nouveau souverain pontife a été élu au 2e jour du premier conclave du 3ème millénaire, qui avait débuté lundi 18 avril dans la chapelle Sixtine. Pour succéder au Polonais Karol Wojtyla, il a dû recueillir au moins les deux-tiers des voix des 115 cardinaux électeurs venus de 52 pays.
L’extraordinaire charisme de Jean Paul II a masqué la fragilité de l’Eglise catholique dans un monde en mutation.  Son successeur sera confronté à des enjeux redoutables liés à la chute des vocations, à la concurrence des autres religions et à l’évolution des moeurs. Malgré les apparences, l’Eglise catholique est aujourd’hui plus faible qu’au début du pontificat de Jean Paul II il y a 26 ans : 17% de la population mondiale se réclame du catholicisme (17,75% en 1978) et le nombre de baptisés croît désormais moins vite que les naissances.  En revanche l’islam, les courants évangéliques inspirés du protestantisme et l’indifférence religieuse sont en pleine progression.  Aujourd’hui, les trois quarts des catholiques se trouvent hors d’Europe, le continent de son expansion initiale, où son influence est en perte de vitesse.  La vitalité du catholicisme en Asie et en Afrique ne permet plus de compenser la chute des vocations dans le Vieux continent autrefois missionnaire: on comptait 416.329 prêtres en 1978, ils n’étaient plus que 405.450 en 2003.  Dans le domaine du dialogue avec les autres confessions le nouveau pape hérite aussi d’un dossier embourbé : depuis le retour à la liberté religieuse dans l’ancien empire soviétique, les catholiques ont souvent été accusés de prosélytisme par les Eglises orthodoxes d’Europe centrale.  Avec les protestants, l’opposition demeure sur la question de la primauté du pape.  Par ailleurs, l’Eglise n’échappe pas aux durcissements identitaires que connaissent toutes les religions.
Une bonne partie du clergé et de nombreux fidèles, notamment dans les continents confrontés à la concurrence religieuse, restent attachés à ce qui fait sa spécificité: rigueur sur le plan des moeurs, prêtrise réservée aux hommes célibataires, importance donnée aux rituels.  Le nouveau pape pourrait décider d’engager rapidement la procédure de béatification de son prédécesseur, répondant à une demande qui s’est manifestée dès le jour des obsèques parmi certains courants de l’Eglise.  Jean Paul II, le pape polonais qui a fait entrer l’Eglise catholique dans le 3ème millénaire, est mort au soir du 2 avril à 84 ans à l’issue d’un calvaire qu’il avait décidé de vivre sous le regard du monde. Sa dernière apparition à la fenêtre de son bureau du Vatican a eu lieu trois jours avant son décès.
La période préparatoire, marquée par 12 congrégations générales, a été dominée par la forte personnalité du doyen des cardinaux, le cardinal allemand Joseph Ratzinger, 78 ans.  Champion du camp conservateur, préfet sortant de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’un des rares à avoir l’expérience des deux précédents conclaves en 1978, le cardinal Ratzinger était d’emblée présenté comme le mieux placé pour succéder à Jean Paul II, dont il était proche.  Son intransigeance doctrinale rassurait l’aile conservatrice pour laquelle Jean Paul II était allé trop loin dans la repentance de l’Eglise pour son histoire passée et dans le dialogue avec les autres religions. Mais elle rebutait ceux qui souhaitaient une Eglise sachant concilier affirmation des dogmes et dialogue avec la société.  Quand les cardinaux sont entrés en conclave lundi, la liste des "papabili" comptait encore une vingtaine de noms, entre "conservateurs", "progressistes" ou "modérés", entre favoris et outsiders.
Pour la première fois, la liste comprenait un nombre impressionnant de possibles papes non italiens et même non européens : pour l’Amérique latine le Brésilien Claudio Hummes, 71 ans, et le Jésuite argentin Jorge Mario Bergoglio, 69 ans, les Colombiens Dario Castrillon Hoyos, 76 ans, et Alfonso Lopez Trujillo, 70 ans, le Chilien Jorge Arturo Medina, 78 ans, et le Cubain Jaime Lucas Ortega y Alamino, 69 ans.  

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