Le commerce illégal des animaux sauvages inquiète

Le commerce illégal des animaux sauvages inquiète

La vente illégale des animaux sauvages est une pratique courante au Maroc. Exposés dans des places publiques, vendus dans les souks, ou à la sauvette, certains animaux sauvages sont maintenus dans des conditions le moins qu’on puisse dire alarmantes : sans eau, sans nourriture et sans ombre, évoque une récente étude de terrain élaborée par Oxford Brookes University.

En l’absence d’une application rigoureuse des lois existantes sur le bien-être de ces animaux, les chercheurs dévoilent que les vendeurs ignorent les besoins de ces animaux sauvages qui évoluent loin de leur milieu naturel. Sur le marché de vente illégale, une grande variété d’animaux sauvages est disponible, parmi lesquels certaines espèces menacées de disparition. Par exemple, il y a la tortue éperonne (Testudo graeca), proposée à 1 $, et le macaque de Barbarie (Macaca sylvanus), en voie d’extinction, celui-ci est offert pour environ 500 $. Autres animaux sauvages concernés, les hérissons d’Afrique du Nord (Atelerix algirus), les caméléons méditerranéens (Chamaeleo chamaeleon) ou encore des cobras égyptiens (Naja haje). L’équipe ayant effectué l’étude a recensé et évalué le bien-être de plus de 2.100 animaux dans plusieurs villes comme Marrakech, Fès, Casablanca, Meknès, Tanger ou encore Rabat entre 2013 et 2017. Plus représentatif, sur les 2.113 animaux que l’équipe a vus sur les marchés, 1.970 étaient illégalement vendus dans le pays. Mis en vente ou utilisés pour le divertissement, les bébés singes sont par exemple enchaînés par le cou même si cette pratique leur cause clairement des douleurs et de la détresse, cite Daniel Bergin, un des chercheurs ayant mené cette étude. Les tortues étaient souvent empilées de telle manière qu’elles ne pouvaient pas toutes toucher le sol.

Dans leurs investigations, les chercheurs se sont appuyés sur l’exposition de ses animaux au soleil, l’enceinte dans laquelle ils évoluent, l’accès à l’eau et à la nourriture, ou encore l’espace suffisant pour se déplacer. Plus encore, l’étude a dévoilé qu’une grande partie de la nourriture disponible pourrissait et consistait uniquement en feuilles de laitue et de menthe, alors que ses animaux se nourrissent d’une plus grande variété ou différents types de nourriture dans la nature. La tortue à épis, par exemple, est connue pour manger au moins 34 espèces de plantes à l’état sauvage, précisent les chercheurs, tandis que l’écureuil de Barbarie (Atlantoxerus getulus) mange principalement des fruits, des graines et des noix. Sur le terrain, les experts ont constaté que les vendeurs estiment que les tortues n’ont pas besoin de boire de l’eau pour survivre, ou que les caméléons ne mangent que des feuilles de menthe. Alors que dans la nature, ces derniers mangent des insectes et ne peuvent pas survivre uniquement avec un régime de feuilles. L’équipe de Bergin a également constaté que presque tous les vendeurs de produits illégaux sur les marchés marocains avaient d’autres sources de revenus, comme la vente d’herbes, de souvenirs, d’animaux domestiques, de plantes reproduites artificiellement ou d’autres produits.

Dans cette perspective, les chercheurs soulignent que si les commerçants dépendaient financièrement de ces animaux, ils essaieront de les maintenir en vie. Dans ce sens, l’amélioration du bien-être des animaux sauvages sur les marchés de vente présente également des avantages pour leur sauvegarde. En 2013, le Maroc a proposé une loi interdisant les mauvais traitements ou les abus envers les animaux en captivité avec des amendes pouvant atteindre 20.000 dirhams en cas de fait de maltraitance avérée. Selon les auteurs de cette étude, cette législation n’a pas encore été appliquée aux mauvais traitements dus à la négligence et n’intègre pas tous les principes directeurs et normes de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) en matière de bien-être animal (World Animal Protection, 2014).

Leila Ouchagour
Journaliste stagiaire

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