Le Front pro-Bouteflika s’organise

Le fer de lance de ce front est constitué par trois partis, membres de l’actuelle coalition gouvernementale: le Rassemblement national démocratique (RND) du chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, le Mouvement de la société de la paix (MSP, islamiste modéré) et des « redresseurs », l’aile favorable à M.Bouteflika du Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique). Le FLN s’est scindé en deux camps, depuis que son secrétaire général Ali Benflis, ancien homme de confiance et chef de gouvernement du président Bouteflika, a décidé de se porter candidat, déclarant une guerre ouverte à son ancien patron. Ces trois partis ont signé lundi à Alger « un pacte d’alliance présidentielle » pour soutenir la candidature du président Bouteflika.
Cette montée au créneau des pro-Bouteflika, soutenus par la puissante Organisation nationale des moudjahidine (ONM, combattants de la guerre d’indépendance), et probablement, selon la presse, par l’influente centrale syndicale de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), s’accompagne d’un début d’effritement des adversaires de M. Bouteflika, regroupés notamment autour d’un « front anti-fraude » dit « groupe des 10 ».
Le retrait de ce groupe des islamistes modérés du Mouvement de la société de la paix (MSP), qui a rejoint les pro-Bouteflika, et celui des anciens chefs de gouvernement Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour et Rédha Malek, serait le début d’autres défections parmi ce groupe, selon des journaux privés. « Si vous suivez les programmes de la télévision, vous constaterez que l’élection a déjà eu lieu ou qu’elle va se transformer en plébiscite. Il s’agit d’un indice de la fraude en préparation », a affirmé M. Hamrouche à l’appui de sa décision.
M. Hamrouche faisait allusion à la très large médiatisation par la télévision d’Etat des déplacements qu’enchaîne le président Bouteflika, semaine après semaine, en province. L’armée algérienne, dont l’appui à l’un des candidats peut être déterminant, avait annoncé en janvier, qu’elle n’en soutiendrait aucun. Son patron, le général de corps d’armée Mohamed Lamari, avait déjà affirmé en juin 2003 que l’armée serait neutre et irait jusqu’à accepter un président issu des rangs islamistes s’il était élu régulièrement.
Paradoxalement, cette neutralité, ainsi affichée, inquiète ceux qui la réclamaient à corps et à cris. « La neutralité négative de l’armée lors du prochain scrutin sera fatale pour la République », a estimé le porte-parole du FLN Abdesselem Medjahed. Le patron du FLN, Ali Benflis, est un des plus sérieux challengers du président Bouteflika.
Une quarantaine de candidats, dont M. Bouteflika, ont retiré leurs dossiers auprès de l’administration. Ils ont jusqu’au 23 février pour les déposer au Conseil constitutionnel qui publiera, le 6 mars, la liste définitive des postulants retenus selon des critères fixés par la loi électorale. Cette loi exige notamment 75.000 signatures d’électeurs recueillis dans au moins 25 des 48 départements du pays. Elle pose également comme autres conditions que le candidat soit âgé de plus de 40 ans, qu’il soit de religion musulmane, de nationalité algérienne d’origine et qu’il ait participé à la guerre d’indépendance (1954-62).

• Boubker Belkadi (AFP)

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