Le Hamas renvoie Israël et l’autorité dos à dos

« Nous ne fermons pas la porte à un dialogue et à des pourparlers » avec l’Autorité palestinienne et les autres mouvements, a affirmé mardi à Gaza le fondateur et guide spirituel du Hamas, Cheikh Ahmad Yassine, dans une interview à l’AFP. Le Hamas et plusieurs autres organisations ont rejeté la semaine dernière lors de pourparlers interpalestiniens au Caire une proposition du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, pour une trêve conditionnelle d’une année, infligeant ainsi un revers au Premier ministre palestinien Ahmed Qoreï. Celui-ci comptait utiliser cette trêve pour négocier avec le Premier ministre Ariel Sharon un cessez-le-feu entre l’Autorité palestinienne et Israël. « Hamas ne prendra pas de décision sur un cessez-le-feu avant de savoir ce qu’Israël est prêt à donner et avant qu’il y ait une direction (palestinienne) unifiée », estime l’analyste palestinien Abdallah Al-Hourani, ancien membre du Comité exécutif de l’OLP. Car tous les dirigeants du Hamas affirment avoir été échaudés par le sort d’une première trêve, proclamée unilatéralement pour trois mois le 29 juin par plusieurs mouvements palestiniens sans aucune contrepartie israélienne. Elle avait volé en éclats fin août à la suite d’un attentat suicide du Hamas qui avait fait plus de 20 morts à Jérusalem et de la liquidation par Israël d’un haut dirigeant de ce mouvement. « Il n’est pas possible de parler de trêve alors que l’autre camp n’est pas partie prenante », déclare Cheikh Yassine, confirmant que le Hamas, auteur de la majorité des attentats-suicide anti-israéliens, a offert au Caire d' »épargner les civils » si Israël s’engageait à faire de même. Cela ne signifie d’ailleurs pas l’arrêt total de tous les attentats-suicide en territoire israélien, les militaires restant, aux yeux du Hamas, une cible légitime où qu’ils se trouvent. Quant à accepter une trêve globale, M. Rantissi affirme qu’il faudrait pour cela qu’Israël se retire de tous les territoires occupés en juin 1967. Ce discours très dur traduit simplement le fait que le Hamas exige qu’Israël, qu’il considère comme l’agresseur, fasse le premier pas en prenant des engagements concrets avec des garanties internationales. M. Hourani estime que M. Sharon, soumis à de fortes pressions américaines, « fera peut-être des concessions », mais pas suffisamment pour satisfaire les exigences palestiniennes. M. Sharon a affirmé lundi qu’Israël suspendrait ses raids et incursions en cas de « calme complet », mais a répété qu’Israël ne serait pas lié par un accord de trêve interpalestinien. Outre ce problème, le Hamas met en avant un autre, celui de la participation de tous les mouvements palestiniens aux prises de décision à travers la création d’une sorte de direction unifiée. Le Hamas « ne peut pas accepter que quiconque décide en son nom », indique M. Hourani, qui explique ainsi le refus du mouvement au Caire de mandater l’Autorité palestinienne pour négocier un cessez-le-feu avec Israël. Mais il se dit certain que M. Arafat n’acceptera jamais ce qui équivaudrait à un partage du pouvoir. Reste que le Hamas, qui a récemment subi des coups terribles de la part d’Israël, pourrait bien observer une trêve de facto des attentats en territoire israélien sans la proclamer. Le fait que les derniers attentats-suicide perpétrés par ce mouvement en Israël remontent au 9 septembre amène d’ailleurs à s’interroger à ce sujet. Cheikh Yassine assure toutefois que ce n’est pas le cas et qu’il n’y a pas de « trêve non déclarée ».

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