Le sacre de Driss Lachgar

Le sacre de Driss Lachgar

Deux choses forcent la curiosité et suscitent des interrogations dans le meeting de protestation organisé par la jeunesse de l’USFP, samedi, au complexe sportif Moulay Abdellah : combien étaient-ils et quel était le véritable but de l’opération. Officiellement il s’est agi, comme le 1er secrétaire l’avait annoncé au cours de sa conférence de presse de la semaine dernière, de dire non à la politique de chantage et de paupérisation dont le parti accuse Abdelilah Benkirane.

En fait, et certains invités n’ont pas fait mystère de cette impression, tout s’est passé comme si Driss Lachgar avait cherché et obtenu l’aval des siens. Une espèce de sacre qui a contribué à lever un peu plus les réticences des puristes qui le critiquent sur son élection et sur son style. Car si les amis d’Ahmed Zaidi n’ont pas fait le détour, il y avait des figures de l’ancien temps comme Mohamed El Yazghi et Khalid Alioua, des espoirs en rupture d’opportunités comme Ahmed Chami, les leaders des partis socialistes nouvellement ralliés à la cause du remembrement sur la voie d’un grand parti socialiste unifié  – Bouzoubâa et Benatik-, des syndicalistes…

Et, pour faire bonne mesure, trois membres de premier plan de l’Istiqlal. Oublié donc l’épisode – vrai ou supposé- relaté dernièrement dans la presse et selon lequel Driss Lachgar aurait été très mal accueilli par la jeunesse fassie. Des jeunes Fassis, il y en avait en nombre dans la grande salle couverte du complexe sportif Moulay Abdellah samedi. Mais pas seulement. Il y avait aussi des jeunes en provenance des provinces du Sud, du nord, du centre, de l’est, de l’ouest…, de partout où l’appel de l’USFP à manifester contre «le chantage et la paupérisation» a été entendu. Et ils étaient en tel nombre que les compteurs ne donnent pas le même chiffre. 5.000 pour les uns, 7 pour d’autres, 10.000 pour d’autres encore…

on ne sait pas exactement, mais le fait est que de l’avis de la plupart des observateurs, le meeting a fait mieux que celui de la jeunesse istiqlalienne. Il a été mieux organisé aussi. Il y a bien eu une parenthèse «Jeunes du 20 février», des appels à la libération d’Anouzla, mais ils ont été vite tus par les clameurs qui séquençaient le discours de Driss Lachgar. Pourtant, à y voir de près, il n’y avait rien de nouveau dans l’allocution du leader de l’USFP. Du moins rien de particulier qu’il n’ait dit au cours de sa dernière conférence. Selon Driss Lachgar, Abdelilah Benkirane fait chanter les Marocains et les appauvrit.

Si l’on en croit le 1er secrétaire de l’USFP, le chef de gouvernement tergiverse à longueur de temps, lambine pour traduire les dispositions constitutionnelles dans les faits, louvoie pour engager les grandes réformes, traîne la savate pour former le nouveau gouvernement… bref, il donne tellement l’impression de marcher à reculons qu’on le supposerait agir contre l’intérêt national. Et il faut croire que ce disant, le leader des socialistes a toutes les chances de faire mouche. Au sein même de la majorité, il y a des voix qui affirment la même chose – le PPS, notamment. C’est donc partie gagnée pour le chef des socialistes sur ce plan-là.

Mais surtout, au niveau de son aura personnelle. En organisant un meeting politiquement correct au moment où l’Istiqlal s’en est montré incapable, Driss Lachgar a prouvé qu’il sait s’inspirer des autres sans tomber dans leurs travers. Aux yeux de tous, il passe dorénavant pour l’élément sensé dans le binôme de l’opposition au gouvernement, celui qui a l’atout de la qualité à défaut d’avoir celui du nombre. Et, en ratissant large parmi les différentes sensibilités des siens, il aura également montré à tous, samedi, qu’il sait être un rassembleur quand les circonstances l’exigent.

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