Le Zimbabwe quitte le Commonwealth

Le sommet du Commonwealth qui s’est achevé lundi à Abuja (Nigeria), a été de bout en bout un sommet de crise provoquée par le président du Zimbabwe Robert Mugabe qui a mis ses menaces à exécution en quittant définitivement cette organisation. A la majorité, les 52 chefs d’Etat et de gouvernement du Commonwealth avaient décidé dimanche de prolonger pour une période indéterminée la suspension du Zimbabwe de l’organisation, décidée en mars 2002, à la suite de la victoire controversée du président Mugabe à la présidentielle. Ils avaient toutefois laissé la porte ouverte à un retour plus ou moins rapide du Zimbabwe, en demandant à un comité de six pays (Australie, Canada, Inde, Afrique du sud, Mozambique et Jamaïque) de surveiller sur place les progrès en matière de réconciliation nationale et de respect des principes démocratiques, en vue de recommander une éventuelle réintégration. C’en était trop pour le président Mugabe, qui n’avait pas été invité à Abuja. Il a jugé ces conditions « inacceptables » et a très vite annoncé à Harare que son pays se retirait « bel et bien » du Commonwealth. Lui et son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF) avaient très clairement indiqué que si les résultats d’Abuja n’étaient pas à leur goût, le Zimbabwe partirait. Une décision « malheureuse », a estimé lundi le président nigérian Olusegun Obasanjo, tandis que le secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, reconnaissait que ce retrait constituait « un peu l’échec » pour le Commonwealth qui n’a pas su régler la crise avec le Zimbabwe. Le Premier ministre australien John Howard a estimé que « c’est toujours terrible lorsqu’un pays s’en va, mais la décision prise par le Commonwealth (de maintenir la suspension du Zimbabwe) était la seule compatible avec les règles » de l’Organisation. Helan Clark, Premier ministre de Nouvelle-Zélande, a estimé que le retrait du Zimbabwe n’était « certainement pas une crise » pour le Commonwealth « qui se bat pour quelque chose », mais « une crise pour le Zimbabwe qui a tourné le dos à la dernière organisation est prête à s’engager avec lui ». « Le gouvernement zimbabwéen semble déterminé à mépriser l’opinion internationale », a-t-elle ajouté. Après le retrait zimbabwéen, les divisions sur l’attitude à adopter à l’égard de Mugabe, accusé de graves atteintes aux droits de l’Homme et de conduire son pays à la ruine, demeuraient entre pays adeptes de la fermeté (Grande Bretagne, Australie et Nouvelle-Zélande) et ceux opposés à l’isolement, particulièrement les plus proches voisins du Zimbabwe. Dans un entretien à la BBC, le président mozambicain Joaquim Chissano, également président en exercice de l’Union africaine (UA), a affirmé que la Commonwealth n’était pas parvenu « à un consensus ». « Tout cela a été fait de manière non-démocratique et c’est pour cela que je trouve que c’est injuste », a-t-il ajouté. « Le processus d’isolement ne résout pas » les problèmes, selon lui. Lundi après-midi, le président sud-africain Thabo Mbeki, partisan et acteur d’une « diplomatie discrète » pour résoudre la crise zimbabwéenne et qui a soutenu à Abuja une levée de la suspension, selon des sources concordantes, n’avait toujours pas réagi au retrait de son voisin du nord. Un retrait qui n’a pas constitué une surprise pour le principal parti zimbabwéen d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai, qui avait envoyé une importante délégation à Abuja. La réaction de Mugabe était « attendue », a déclaré Paul Themba Nyathi, porte-parole du MDC, ajoutant: « Après tout, c’est un homme spécialisé dans la destruction de son propre pays ».

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