L’Egypte et le nucléaire

Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a affirmé à la presse que « ces informations n’avaient aucun fondement » et que « l’Egypte respecte le traité de non-prolifération nucléaire qu’elle a signée ». Mercredi à Vienne, siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), des sources diplomatiques non identifiées ont indiqué que l’AIEA menait, depuis l’été dernier, une enquête en Egypte sur des expériences nucléaires limitées qui pourraient être liées au développement d’armes nucléaires.
Ces expériences porteraient sur la fabrication d’uranium, pouvant servir dans la production du plutonium militaire, et la production du tétrafluorure d’uranium (UF4), une étape à l’enrichissement d’uranium, selon un diplomate. Un autre diplomate a cependant assuré qu’il n’y avait pas eu de production d’uranium enrichi, lequel, à des degrés divers, peut servir soit à des fins civiles soit à des fins militaires. « Ces expériences sont minimes et remontent aux années 1950 », a-t-il dit. Ces accusations sont attribuées par l’Egypte à une campagne israélo-américaine contre la réélection du directeur général de l’AIEA, l’Egyptien Mohamed El Baradei. Pour l’agence de presse égyptienne Mena, ces accusations « entrent dans le cadre du refus des Etats-Unis d’une nouvelle candidature d’El Baradei ».
Cette hypothèse est partagée par Mohammed Abdel Moneim, Pdg de la revue «Rose el-Youssef», pour qui « il s’agit d’informations de source américaine agitées de temps à autre et qui sont liées actuellement à la compétition pour le poste de directeur général de l’AIEA ». Le journal Al-Ahram soutient pour sa part qu’il s’agit de « fuites » d’origine israélienne. Washington s’est déclaré opposé à la candidature de M. El Baradei à un troisième mandat, affirmant que ce type de poste ne devait pas être occupé par la même personne plus de deux mandats consécutifs. M. El Baradei est l’unique candidat à sa propre succession, mais ses chances d’obtenir la majorité des deux tiers en juin prochain sont quasiment nulles, ce qui nécessitera un autre tour de scrutin. L’Egypte a signe en 1983 et en 1996 des traités internationaux contre la prolifération nucléaire et la prolifération des armes de destruction massive, ainsi que de leurs protocoles additionnels.
Le président Hosni Moubarak avait indiqué dès 1988 qu’il ne « souhaitait pas entrer en compétition avec Israël en matière d’armement nucléaire ». L’Egype est liée à l’AIEA par des accords d’inspection concernant un réacteur expérimental d’origine soviétique de 3 mégawatt et d’un autre d’origine argentine de 22 megawatt, ainsi que de plusieurs laboratoires de recherche sur les combustibles ou de leur production.
Selon le Premier ministre Ahmed Nazif, la totalité des projets nucléaires relèvent de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire dans des domaines civils: agriculture, dessalement de l’eau de mer, recherche de ressources hydrauliques, médecine. L’AIEA est associée à plusieurs projets, a-t-il dit. Le 2 novembre 2004, l’ambassadeur d’Egypte auprès de l’AIEA, Ramzeddine Ramzy, a démenti que l’Egypte avait un « programme nucléaire secret » ainsi que tout lien avec la Libye dans ce domaine. A la fin des années 1980, sous la pression des Etats-Unis, l’Egypte a dû mettre en veilleuse un ambitieux programme de production d’électricité nucléaire et de dessalement d’eau de mer, après l’accident de Tchernobyl, et renoncer à l’importation du Canada d’un réacteur de 600 mégawatt. Des chercheurs égyptiens se sont alarmés de cette mise en veilleuse en affirmant que l’Egypte devait préparer l’après-pétrole, en assurant ses besoins en électricité par le nucléaire.

• Hassen Zenati AFP

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