Les colons renâclent

Les colons renâclent

« Je crains que l’armée ne puisse pas appliquer ce plan, si le phénomène de refus d’obéissance s’amplifie et touche des milliers de soldats », a déclaré le vice-ministre de la Défense Zeev Boïm, à la radio publique israélienne. M. Boïm réagissait aux mises en garde exprimées par les chefs des colons la veille lors d’une rencontre au ministère de la Défense avec les responsables de l’armée, notamment le chef d’état-major, le général Moshé Yaalon. Benzi Lieberman, chef de la principale organisation de colons de Cisjordanie et de la bande de Gaza, a averti que « des milliers de soldats et officiers » refuseront d’obtempérer aux ordres leur enjoignant d’appliquer le plan de retrait. « La désobéissance provoquera l’émiettement et le désastre. Tous ceux qui se soucient du caractère démocratique d’Israël et de son indépendance doivent s’interdire de prononcer le mot «désobéissance », a affirmé le général Yaalon, selon les médias israéliens. « Si nous ne parvenons pas à appliquer le plan de désengagement, conformément aux décisions de l’échelon politique, il y a lieu de s’inquiéter pour nous en tant que peuple et que société », a-t-il ajouté.
Un colon qui fait campagne pour une pétition en faveur de la désobéissance au sein de l’armée, Noam Livnat, affirme avoir recueilli 5.000 signataires parmi les appelés et les réservistes et ambitionne d’en obtenir 10.000. Pour Avshalom Vilan, un des six députés du parti Yahad (gauche laïque), les mises en garde des colons « constituent un inacceptable appel à la rébellion ».
Le plan de désengagement a été approuvé le 26 octobre par la Knesset par une majorité de 67 députés contre 45 et 7 abstentions. Il prévoit l’évacuation à compter de juin des 8.000 colons habitant les 21 implantations de la bande de Gaza et de quatre autres isolées dans le nord de la Cisjordanie. L’ex-grand rabbin d’Israël, Avraham Shapira, un influent chef spirituel des colons, a donné son feu vert au refus d’obéissance, en déclarant en octobre que « ce serait un péché que de les évacuer (les colonies). C’est interdit et les soldats doivent le dire à leurs commandants ». Douze députés des partis de droite et d’extrême droite ont par ailleurs signé en décembre une pétition soutenant un appel à « la désobéissance civile » lancé par la direction des colons. Selon une source militaire, des milliers de jeunes colons de Cisjordanie se sont d’ores et déjà rendus dans les implantations de la bande de Gaza pour faire échec à leur évacuation. Un des chefs du Yahad, le député Ran Cohen, a demandé un débat urgent au Parlement sur « les germes de la guerre civile portés par ces jeunes colons ». Dans le cadre de leurs initiatives contre le plan de désengagement, les colons devaient par ailleurs se rassembler lundi pour une spectaculaire manifestation massive « jour et nuit, pendant deux semaines » devant la Knesset. Ils projettent aussi « de bloquer le trafic automobile sur tout le territoire israélien » le jour où le retrait devra commencer. Le vice-Premier ministre israélien, Ehud Olmert, s’est cependant déclaré convaincu que les colons ne parviendront pas à « effrayer l’opinion » et à torpiller le plan de retrait. « Israël est un pays démocratique et la décision (du retrait) prise par son gouvernement sera appliquée par l’armée.
Les soldats refusant d’obéir aux ordres sont marginaux (…). Nous avons décidé de changer de direction et il s’agit d’un choix historique qui répond aux voeux de la majorité écrasante de l’opinion israélienne », a-t-il dit.

• Charly Wegman (AFP)

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