Les défis du conseil de paix de l’UA

« L’enthousiasme ne doit pas nous amener à nous voiler la face sur les défis qui nous attendent », a déclaré à l’AFP Adam Thiam, le porte-parole du président de la Commission de l’UA, Alpha Omar Konaré. Le Conseil de paix et de sécurité (CPS), sorte de Conseil de sécurité façon Onu à l’échelle africaine, pourra déployer des missions de paix dans les pays membres et recommander à la Conférence de l’UA, qui regroupe les dirigeants de l’UA, l’envoi de troupes dans un pays en cas de génocide, crimes de guerre ou crimes contre l’humanité. Avec le CPS, l’UA se démarque, au moins sur le papier, de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à laquelle elle a succédé en 2002 et qui était paralysée par son principe de non-ingérence. Reste à savoir si elle aura les moyens de ses ambitions.
« Les problèmes financiers sont déjà énormes », a reconnu M. Thiam. Exemple, l’UA a déployé en 2002 au Burundi une mission prototype de maintien de la paix, composée de quelque 2.700 hommes mais qui s’est heurtée à des problèmes financiers colossaux. La mission de l’UA a coûté, pour une seule année, 123 millions d’euros. Jusqu’à présent, seuls 29 millions ont été couverts, selon l’UA. Du coup, l’organisation panafricaine a été contrainte de demander aux Nations unies de prendre le relais, ce qu’elles feront à compter du 1er juin. Un désengagement de l’Union qui fait « mauvaise figure » au moment du lancement du CPS, a reconnu un observateur qui a requis l’anonymat.
Mardi, les différents intervenants devant le CPS réuni à Addis Abeba, siège de l’UA, ont souligné la nécessité d’accroître les moyens de l’organisation. « L’UA doit être dotée de moyens plus importants », a reconnu M. Konaré. « Nous aurons besoin de plus de ressources », a aussi insisté le président en exercice de l’UA, Joaquim Chissano. Mais comment se doter de moyens supplémentaires quand l’Afrique est le continent le plus pauvre au monde?
« La communauté internationale est obligée d’être solidaire de l’Afrique, sinon on ne s’en sortira pas », a reconnu M. Thiam. L’Union européenne vient d’allouer 250 millions d’euros sur quatre ans pour le budget sécurité de l’UA. « Ce n’est pas grand chose, juste deux missions genre Burundi par an », a toutefois estimé un haut responsable de l’UA, qui a requis l’anonymat. « Mais le recours à l’aide financière extérieure n’est pas une solution durable car elle ne montre pas les efforts internes de l’Afrique à gérer elle-même ses problèmes », a estimé M. Thiam. L’UA aurait besoin de « centaines de millions de dollars » par an pour son volet sécurité, a reconnu le commissaire de l’UA chargé de la paix et de la sécurité, Saïd Djinnit. Elle devrait pouvoir tabler sur un budget global d’environ 500 millions de dollars sur les quatre prochaines années, un budget en hausse considérable par rapport aux années précédentes mais qui s’avère d’ores et déjà insuffisant, ont estimé des observateurs.
Les autres défis à relever pour l’UA sont « l’efficacité » et « l’observance par les pays membres des décisions prises par le CPS », a poursuivi M. Thiam, qui ne se fait pourtant pas d' »illusions ». « Il n’y a pas de mécanisme pour condamner les pays qui ne respectent pas les décisions du CPS », a-t-il fait remarquer. De son côté, une source diplomatique occidentale en poste à Addis Abeba et qui a requis l’anonymat a « espéré que l’UA dépasse le stade des simples condamnations ». « Si l’UA ferme la bouche, comme l’a fait l’OUA, on ne verra pas le changement », a ajouté un diplomate africain, estimant que la question du Darfour, région de l’ouest du Soudan en proie à un conflit armé et à une grave crise humanitaire, serait un bon test pour l’organisation.

• Béatrice Debut (AFP)

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