Les frères musulmans muselés en Egypte

Annoncée depuis plusieurs jours par les dirigeants de la confrérie comme une démonstration de force en signe de défi au pouvoir, la manifestation a tourné court. Elle n’a rassemblé que quelques centaines de personnes, qui ont été rapidement dispersées par la police déployée en force. Les manifestations de rue sont interdites en Egypte, au titre de l’état d’urgence en vigueur depuis l’assassinat du président Anouar el-Sadate en 1981. Mouvement interdit, mais toléré par les autorités, les FM avaient appelé publiquement mercredi, par la voix de leur guide suprême Mohamed Mahdi Akef à une "grande manifestation" devant le siège de l’Assemblée du peuple pour réclamer plus de réformes politiques. Ils tablaient sur la présence de "plusieurs centaines de milliers de manifestants", ont-ils dit lors de la conférence de presse de M. Akef et lors des invitations téléphoniques adressées par la suite aux médias. Les manifestants n’ont finalement pas pu se rassembler devant le Parlement, le lieu symbolique choisi par les organisateurs pour faire entendre leur voix.
Bloqués par la police, ils ont tenté en vain de se rassembler Place Ramses, à deux kilomètres de là, avant de se disperser rapidement, tandis que deux groupes d’à peine quelque dizaines de personnes tentaient une diversion à Bab El-Louq et à la Place Sayyeda Zeinab, deux quartiers populaires du Caire. Des cordons de plusieurs milliers de policiers ont été disposés autour des bâtiments officiels et aux abords des ambassades américaine et britannique, dans le centre du Caire, ou en carrés compacts sur les places publiques pour bloquer toute avance des manifestants.
Plusieurs dizaines de transports de troupes avaient été stationnés préventivement dès le matin autour des Places Ramses et Al-Tahrir, aux abords de l’université américaine, du gigantesque complexe administratif et du quartier des ministères. Les policiers portant des casques à visière, munis de boucliers et de matraques surveillaient toute tentative d’attroupement et contraignaient les piétons à poursuivre leur chemin dans une seule direction, sans possibilité de retour en arrière.
Ils étaient présents aussi à l’intersection des diverses places publiques, les isolant les unes des autres. Une cinquantaine de membres de la confrérie, dont des cadres, avaient été interpellés préventivement dès samedi. "Abrogez l’état d’urgence", criaient notamment les manifestants Place Ramses.
Ils demandaient aussi de "s’opposer aux immixtions américaines" dans les affaires intérieures de l’Egypte et appelaient à une "extension des réformes constitutionnelles" proposées par le président Hosni Moubarak. M. Moubarak a demandé au Parlement d’amender la constitution pour instaurer pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte, l’élection du président au suffrage universel direct parmi des candidatures multiples. Le chef de l’Etat est actuellement choisi par l’Assemblée du peuple (Chambre basse du Parlement) et plébiscité. M. Moubarak, 76 ans, au pouvoir depuis 24 ans, aurait l’intention de briguer un 5ème mandat en septembre.
Les Frères musulmans ont bien accueilli la réforme proposée par M. Moubarak, mais réclament en outre "l’abrogation de l’état d’urgence, la suppression des tribunaux d’exception", la limitation des pouvoirs présidentiels, la réduction à quatre ans de la durée des mandats présidentiels et leur renouvellement une seule fois. La confrérie n’exclut pas de présenter son propre candidat à l’élection présidentielle. Elle a déjà annoncé qu’elle participera avec ses propres candidats aux élections législatives, qui doivent suivre le scrutin présidentiel, fin octobre ou début novembre.

Hassen Zenati (AFP)

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