Les noirs, autres victimes des camps de concentration

Plus tard, sous Hitler, plus de 20.000 « Afro-allemands » seront persécutés, stérilisés et parqués comme les juifs dans des camps, eux aussi sous le coup des lois de Nuremberg. En Namibie, les Allemands en butte à la résistance des Héréros, des éleveurs mais aussi des guerriers qui résistent à l’occupation de leurs terres, créent dès 1904 les premiers camps de concentration. « Dans le travail de recherche que j’ai pu faire, c’est ainsi que j’ai découvert que les premiers camps n’ont pas commencé avec Hitler, mais en Namibie.
De vrais camps de concentration avec des barbelés, des baraques en bois, des tatouages, des êtres rachitiques, qui mouraient de faim », raconte à l’AFP Serge Bilé, journaliste franco-ivoirien. Seule différence, dit-il, avec les camps d’Allemagne mis en place plus tard, en 1933: il n’y avait pas de fours crématoires, les Héréros étaient pendus.
Sur 80.000 Héréros présents à l’arrivée des colons, 60.000 mourront de la politique d’extermination menée par les Allemnands dans ce qui se révèlera comme un laboratoire de la future politique de solution finale des nazis. D’autant, que, dans ces camps de Namibie, les « deux personnes importantes qu’on retrouve sont le docteur Hoegen Fischer, médecin qui fait des expériences médicales, notamment de stérilisation, et qui plus tard aura pour bras droit Joseph Menguele qui sera le futur bourreau d’Auschwitz. On retrouve aussi Henreich Gokring, le gouverneur de la Namibie, le père d’Herman Gokring, qui assistera Hitler », raconte l’auteur du livre publié par les éditions du Serpent à plumes. « Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il n’y a pas eu de réaction internationale, ça n’intéressait personne, ce génocide ne concernait que des Africains », observe Serge Bilé. Un autre drame méconnu concerne, sous Hitler, les Noirs des colonies venus vivre en Allemagne. « On oublie souvent que les Allemands avaient des colonies (Togo, Tanganyka, Cameroun) et beaucoup se sont installés en Allemagne. Au moment où Hitler arrive au pouvoir, il est inconcevable pour lui que des Noirs aient des rapports avec des Allemandes », raconte Serge Bilé. De ces unions cependant naîtront environ 800 enfants métis que les nazis appelleront « les bâtards de la Rhénanie ».
A leur arrivée au pouvoir, ils raflent les enfants, les stérilisent et les déportent. « Les Noirs sont systématiquement stérilisés, pour qu’il n’y ait pas d’enfants qui naissent de leurs unions avec des Aryennes ». Victimes des lois de Nuremberg, comme les juifs, les Afro-allemands seront déportés, sans qu’on sache combien d’entre eux sont envoyés dans les camps parmi les 24.000 vivant en Allemgane, et combien sont morts. Aucun historien ne s’étant penché sur le sujet, aucune estimation n’a été faite.
Au moment de la Seconde Guerre mondiale, à l’exception d’Haïti, de l’Ethiopie et du Liberia il n’existait pas de pays noir indépendant, les Noirs ont donc été comptabilisés avec leur puissance coloniale. Rien ne permet ainsi de différencier dans les statistiques un Noir français déporté d’un Auvergnat ou d’un Breton déporté. « Je fais juste une approximation, je pense qu’il y a eu de 1933 à 1944 de dix mille à trente mille déportés noirs », dit l’auteur. Enfin, Serge Bilé rappelle l’engagement dans la résistance contre les nazis d’Africains et d’Antillais qui, une fois capturés, furent déportés en Allemagne, voire en Guyane pour les résistants martiniquais.

• Jean-Pierre Campagne (AFP)

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