Les pays nordiques découvrent la corruption

Blancs comme neige? Les pays d’Europe du nord, portés aux nues pour leur transparence, sont secoués par des scandales de corruption, signe, pour les uns, que leurs milieux d’affaires ne sont pas plus propres qu’ailleurs ou fruit, pour les autres, de leur politique de « tolérance zéro ». La Finlande, l’Islande, le Danemark, la Suède et la Norvège se classent, selon l’ONG Transparency International, parmi les huit pays les moins corrompus au monde. Mais ces dernières semaines y ont vu éclater des affaires de corruption retentissantes. En Norvège, les hauts dirigeants de Statoil ont été contraints à la démission fin septembre, la compagnie pétrolière publique étant soupçonnée d’avoir versé des pots-de-vin pour renforcer son implantation en Iran. En Suède, c’est le Systembolaget, monopole d’Etat de distribution d’alcool, qui se retrouve au centre de la plus grande affaire de corruption de l’histoire du pays: au moins 90 employés se seraient faits graisser la patte par des fournisseurs. Le scandale fait d’autant plus de bruit que la directrice de Systembolaget, Anita Steen, est à la ville l’épouse du Premier ministre Goeran Persson. Toujours en Suède, l’ancien trio de tête de l’assureur Skandia est soupçonné d’abus de confiance tandis que le groupe technologique helvético-suédois ABB aurait cherché à corrompre des responsables de l’aéroport de Stockholm afin de s’assurer des marchés. « Ici, il n’y a pas de culture de corruption. Ca ne viendrait à l’idée de personne d’aller payer pour avoir un permis de construire », explique à l’AFP l’ancienne juge d’instruction franco-norvégienne Eva Joly, aujourd’hui conseillère du gouvernement norvégien en matière de lutte anticorruption. « Nous n’avons pas la culture de la valise de billets mais je n’ai jamais pensé que le risque s’arrête à la frontière. Nous sommes intégrés dans un système économique global avec les mêmes risques, avec le même besoin d’outils de contrôle », ajoute-t-elle. Outre leur rigueur toute protestante, les pays nordiques se caractérisent par leur transparence. En Norvège, les salaires de chacun, du Premier ministre à l’étudiant, sont consultables sur internet. « C’est une société totalement transparente à un degré que les Français ne peuvent pas imaginer », précise Eva Joly qui ne cache pas, elle-même, que son salaire annuel est de 122.400 euros. La récente floraison d’affaires dans les pays nordiques peut aussi démontrer que le seuil de tolérance y est beaucoup plus bas qu’ailleurs: légalement, en Suède, un cadeau d’une valeur supérieure à 200 couronnes (22 euros) peut-être considéré comme relevant de la corruption. « Par rapport à beaucoup d’autres pays, la corruption est quasi inexistante. Mais ce problème reste quand même trop important pour qu’on l’ignore », souligne Christer Van der Kvast, procureur général à Stockholm. Le patronat suédois rechigne à parler de corruption, préférant évoquer des malversations individuelles et ponctuelles. « Certaines personnes ont simplement tiré avantage de leur position », commente Walter Skoeldefors, vice-président de Svensk Handel, organisation patronale des détaillants. « Cela est surtout lié à la bulle financière qui a instauré un climat où l’on essaie de s’arroger le plus gros bonus », ajoute-t-il. en tête du classement de Transparency International, une gageure pour un pays qui partage près de 1.300 km de frontière commune avec la Russie reléguée, elle, en 86ème position. Les autorités fiscales y ont accès à toutes les informations en possession des banques et, les salaires étant aussi du domaine public, un train de vie qui ne serait pas en conformité avec la fiche de paie n’échapperait pas à l’oeil aiguisé du voisin. De mémoire de Finlandais, les dernières graves allégations de corruption remontent d’ailleurs à 30 ans, lors de la construction du métro d’Helsinki.

Pierre-Henry Deshayes (AFP)

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