Les pharmaciens refusent la baisse

Les pharmaciens refusent la baisse

Les pharmaciens d’officine sont entrés en campagne contre le projet de décret instituant la baisse des prix d’une nouvelle fournée de 800 médicaments. Pour informer de leur point de vue sur les conséquences du nouveau texte proposé par le ministère de la santé, les conseils du nord et du sud ont organisé mardi une conférence de presse à Rabat. Ils y ont dit ce qu’on savait déjà sur leur refus d’accepter le fait accompli et aussi révélé quelques dessous peu connus de «l’affaire».

Premier tir de barrage : contrairement aux allégations du ministre, les conseils du nord et du sud sont toujours légitimes : leurs présidences respectives affirment détenir de récents jugements de tribunaux – dont des administratifs – leur reconnaissant la légitimité représentative de larges pans de la profession. «Une représentativité qui fait apparaître celle de la fédération qui soutient le projet de décret de baisse comme une simple minorité agissante». De surcroît, ils promettent de présenter copies de ces décisions de justice aux députés des deux Chambres au cours d’une entrevue que ces derniers leur ont accordée.

Deuxième élément de réponse : «S’il est vrai que certaines organisations professionnelles ont bien pris part aux discussions préliminaires durant les quinze mois de réunions périodiques du ministère avec les professionnels, si même des retournements d’opinion ont été notés après signatures de PV, c’est «contraints et forcés». Les officinaux considèrent en effet que le ministère a trahi le principe de «la baisse des prix compensée par la hausse des marges» sur lequel les deux parties se seraient entendues au départ.

Troisième argument : si donc la dépense moyenne en médicaments est de 400 dirhams l’an, quel impact pourrait avoir la baisse globale sur le coefficient budgétaire de santé ? Les deux conseils estiment qu’il ne dépasse pas les 50 dirhams. Et c’est là que le débat se politise : les officinaux considèrent en effet que c’est à dessein électoral qu’on médiatise à l’extrême un gain de 50 dirhams dans le même temps où on occulte une saignée de 365 DH sur le pouvoir d’achat «du motocycliste qui, contraint et forcé, met un litre de carburant dans sa machine pour vaquer à ses besoins». Au demeurant, ajoutent-ils, il n’est pas seulement injuste, mais économiquement risqué de dévêtir les uns pour habiller les autres. Nord et sud confondus, les 12.000 officines que compte le Maroc ne réalisent en moyenne qu’un chiffre d’affaires annuel de 650.000 dirhams.

«Cela laisse à peine au pharmacien un revenu mensuel moyen de 3.000 à 4.000 dirhams». Sur ces motivations économiques prennent forme des considérations plus nettement sociales. Selon les conseils, les 12.000 officines en activité font vivre directement plus de 40.000 employés. Au surplus, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les officinaux se disent ne pas être insensibles à la question de l’accès du grand nombre aux médicaments. «Il est plus que tendancieux de lier le succès de l’extension du Ramed à l’abaissement des prix des médicaments les moins coûteux. Des études ont montré que la baisse des 40 produits les plus couramment utilisés n’a qu’un très faible impact». «Ce n’est pas la véritable cause car la baisse des médicaments les plus chers, ceux que bien des gens sont dans l’incapacité d’acquérir malgré leurs maladies lourdes, est plus efficace sur ce plan».

Forts de cet argumentaire, les officinaux ont décidé de sensibiliser l’opinion et le Parlement à leur cause. Mais pas seulement. Ils menacent d’organiser des marches de protestation et des grèves de zèle. Car, le  temps presse et il n’est pas sûr que même la fédération qui a souscrit au projet du ministère «ne s’en morde les doigts». Les conseils augurent, en effet, que près de la moitié des 12.000 officines actuelles sont menacées de faillite si rien n’est entrepris pour leur éviter cette perspective.

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