Les USA naviguent sur le tsunami

Cette volonté s’est d’abord manifestée par l’envoi de moyens exceptionnels vers l’île indonésienne de Sumatra, dévastée le 26 décembre par des raz de marée qui ont fait près de 174.000 morts. Les dirigeants américains ont ensuite usé d’un ton très conciliant alors qu’éclataient des controverses sur les restrictions imposées aux humanitaires ou sur la durée d’intervention des troupes étrangères dans la province d’Aceh, un bastion musulman. Les Etats-Unis « ont eu toute une action de valorisation de leur image ternie par la politique de Bush », analyse un diplomate occidental à Jakarta. « Ils font tout ce qu’il faut en termes d’affichage pour montrer la générosité américaine à Aceh, en particulier vis-à-vis de tout ce qui est musulman », souligne-t-il. Cela s’est illustré selon lui notamment par des photos d’accolades entre GI’s et Indonésiens fournies par les services de communication de l’armée. A Sumatra, les forces américaines ont été les plus visibles, parce que plus nombreuses et mieux dotées. Washington a dépêché plus de 24 navires, 15.000 soldats et des dizaines d’hélicoptères pour acheminer l’aide. Les journalistes indonésiens et internationaux ont été conviés et hébergés à bord du porte-avions Abraham Lincoln, transportés par les airs, tenus au courant par d’efficaces officiers de presse. En même temps, des leaders politiques américains occupaient le terrain, dont le secrétaire d’Etat Colin Powell ou le numéro 2 du Pentagone, Paul Wolfowitz, ainsi que quelques sénateurs.
Ces responsables n’ont d’ailleurs pas caché que leur opération d’assistance se doublait d’une opération de relations publiques. « Je crois que cela donne au monde musulman et au reste du monde l’opportunité de voir la générosité américaine, les valeurs américaines en action », a déclaré à Jakarta M. Powell.
Les observateurs ont noté le ton très conciliant des envoyés du gouvernement Bush. « Ils ont dit d’emblée que les Indonésiens étaient maître chez eux », relève le diplomate.
Les Américains ont martelé que la « coopération » avec Jakarta était « excellente », alors que des ONG regrettaient la « désorganisation » ou les « restrictions ». Selon Din Syamsuddin, secrétaire général du Conseil des oulémas indonésiens, les efforts américains ne tromperont personne. « Leur réponse rapide est vue par de nombreuses personnes comme une tentative de diversion par rapport à leurs abus contre les musulmans dans le monde », a-t-il dit. Najum Mushtaq, un analyste de l’International Crisis Group (ICG), a lui estimé que « le visage de compassion de l’Amérique a été voilé par l’administration conservatrice ces quatre dernières années ».
Les experts ont aussi décodé l’attitude des Etats-Unis sous un angle économique, en expliquant que le lobby militaro-industriel américain pousse à une restauration des liens rompus avec l’Indonésie. Washington avait décidé d’imposer à Jakarta un embargo militaire après les nombreuses violations des droits de l’Homme imputées à des soldats indonésiens au Timor oriental en 1999. Or, l’armée indonésienne, qui a besoin de renouveler ses matériels qu’elle éreinte dans son offensive contre la rébellion séparatiste d’Aceh, apparaît comme une cliente de choix. Le nouveau président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, est considéré comme un ami de Washington. Reste à persuader les opinions publiques des deux pays, réticentes à un rapprochement des armées. M. Wolfowitz a semblé y travailler: il a souhaité que la population américaine voie « sous un autre jour » les problèmes avec les militaires indonésiens, en prônant « de nouvelles relations en matière de défense ».

• Sébastien Blanc (AFP)

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