«L’honneur perdu» de Cembrero

«L’honneur perdu» de Cembrero

À l’occasion de la parution de son livre très tendancieux sur la crise de l’îlot Leïla vue par les différents protagonistes du dossier du côté aussi bien marocain qu’espagnol, Ignacio Cembrero se rappelle à notre bon souvenir dans un entretien accordé à notre confrère Al Ayyam dans son édition du 27 mars au 1er avril 2006. D’emblée, celui qui se dit journaliste du quotidien El Pais et spécialiste des affaires marocaines se permet sans vergogne de juger la scène politique nationale en accusant les partis d’immobilisme et de paresse et en faisant assumer la responsabilité de cette situation au régime politique en place. L’interviewé a commis pire sur le Maroc et ses institutions. C’est pour cela qu’il a eu une longue et sympathique histoire avec notre journal qui s’est opposé énergiquement à la manière, très injurieuse, dont il écrivait – il le fait toujours d’ailleurs – sur le règne de Mohammed VI. Il a perdu, le 20 avril 2004, devant la cour d’appel de Casablanca le procès en diffamation qu’il avait intenté, deux ans plus tôt, au directeur de la publication d’Aujourd’hui le Maroc, à son rédacteur en chef et à un journaliste parce qu’ il estime avoir été assimilé à un espion dans l’affaire du faux "communiqué des officiers libres" publié par le quotidien El Pais fin octobre 2002. Nous avons  démontré, preuves à l’appui, au terme de plusieurs audiences, ce que nous avions avancé sans que le plaignant puisse prouver le contraire. Mais il paraît que Ignacio Cembrero, qui voulait absolument obtenir la condamnation d’ALM, n’ait toujours pas digéré sa défaite allant jusqu’à considérer l’interview qui lui a été accordée le 16 janvier 2005, soit neuf mois plus tard, par S.M le Roi Mohammed VI comme une compensation royale pour le préjudice qu’il aurait subi. “L’entretien avec le Roi a permis de laver mon honneur, ce que je n’ai pas pu obtenir auprès des tribunaux“, a-t-il fanfaronné. Or, ce que semble oublier Ignacio Cembrero, c’est que la justice marocaine rend ses verdicts au nom de SM le Roi.  Et puis, on a beau obtenir les interviews que l’on veut et avoir toutes les faveurs du monde, la justice au Maroc ou ailleurs demeure au-dessus de toutes les contingences journalistiques ou apparentées.
Reste que ce que Cembrero s’est évertué à vouloir cacher y compris devant les juges de la Cour d’Appel, il a fini de lui-même par le dévoiler au grand jour. Dans son entretien à Al Ayyam, il a, en effet, exprimé toute son admiration pour le ministre délégué aux Affaires étrangères Taïeb El Fassi Fihri et dit tout le mal qu’il pense du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération Mohamed Benaïssa. “Ana Palacio (chef de la diplomatie espagnole sous Aznar) s’entendait avec M. Taïeb El Fassi qu’elle respectait malgré les divergences, ce qui n’était pas le cas de M. Benaïssa“, a-t-il indiqué en substance. Venant d’un “journaliste“ en délicatesse avec la justice marocaine, le compliment n’est pas tout à fait neutre. Il peut même être parlant. à ce propos, il convient de rappeler la scène censée rester secrète mais rapportée par M. Cembrero dans un article publié dans El Païs et reproduit dans la préface qu’il a signée dans le livre de Jean Pierre Tuquoi du journal Le Monde intitulé "Le dernier roi, crépuscule d’une dynastie". Selon l’auteur, la scène, qui aurait eu lieu le 27 octobre 2001 vers minuit, réunissait S.M le Roi et certains hauts responsables dont les deux chefs de la diplomatie marocaine autour d’une piscine au Palais Royal d’Agadir. C’est au cours de cette réunion, toujours selon le récit de Cembrero, que le Souverain a pris, dans un accès de colère, la décision du rappel de l’ambassadeur du Royaume à Madrid Abdesslam Baraka qu’il aurait appelé personnellement sur le moment. Cette affaire ayant été soulevée lors du procès qui a opposé Cembrero à ALM, l’avocat de la défense, Me Abdelkébir Tabih, avait demandé non sans ironie au "journaliste" espagnol d’expliquer comment il a obtenu une information aussi confidentielle à moins qu’il n’ait pris part à cette réunion au bord de la piscine. De deux choses l’une : soit il est effectivement un espion soit il a une source à l’intérieur. Malgré l’insistance du président de la cour, Me Mustapha Farès, le plaignant a refusé de répondre à cette question arguant que le droit espagnol lui donne le droit de protéger ses sources. Qu’à cela ne tienne ! Avec le recul, la question reste toujours d’actualité : qui aurait rapporté au correspondant d’El Pais à Rabat ce qui s’est passé au bord de la piscine ?
Tous comptes faits, le problème de fond d‘Ignacio Cembrero c’est que sa publication s’est convertie de l’Aznarisme passif au Zapatérisme actif sans lui demander son avis. L’histoire par ses facéties produit parfois des cocus. Le réglage de la ligne éditoriale de ce  journal y compris en faveur du Maroc n’a pu effacer le fait que quand on a versé dans l’aznaro-bushisme primaire, il est difficile de se refaire une virginité. Même avec des interviews illustres.

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