L’Irak met la cohésion franco-allemande à l’épreuve

Jacques Chirac et Gerhard Schröder avaient symboliquement choisi d’afficher leur unité sur l’Irak mercredi, jour-anniversaire de la signature du Traité de l’Elysée et de l’avènement d’une nouvelle ère de coopération renforcée entre les deux pays « au service de la construction européenne ». La colère consécutive du secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, qui a fustigé la « vieille Europe », et l’inquiétude de jeunes lycéens allemands et français face à la menace d’une guerre contre le régime de Saddam Hussein les ont confrontés jeudi à l’urgence de l’actualité, eux qui s’étaient retrouvés à Berlin pour évoquer les perspectives à long terme de l’alliance franco-allemande.
Les célébrations du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée s’achevaient jeudi à Berlin. En ouverture de cette journée allemande, Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont dialogué durant une heure et demie à la Chancellerie avec 550 lycéens français et allemands réunis à Berlin depuis le 18 janvier dans le cadre du « Parlement des jeunes », organisé par l’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ), structure instaurée par le Traité de l’Elysée et créée le 5 juillet 1963. Les jeunes parlementaires ont exposé les résultats de leurs réflexions sur quatre domaines – politique, économie, technologie et culture – et ont posé des questions sur ces sujets au président français et au chancelier allemand.
Après une série de questions programmées et doctes sur l’identité européenne, le nucléaire ou la politique étrangère commune de l’Allemagne et de la France, deux adolescentes allemandes se sont levées, une feuille à la main, pour demander la parole. « Nous savons bien que le conflit irakien ne devrait pas être abordé ici mais ceci est d’une grande importance », a dit l’une d’elles au micro, dramatisant soudain l’échange. « Allez-vous voter contre cette guerre malgré les vives critiques du gouvernement américain ? », a-t-elle lancé en français sous des applaudissements nourris, tandis que sa camarade traduisait en allemand. Soulignant que « toutes les questions sont légitimes », Gerhard Schröder a répondu le premier pour réaffirmer que Paris et Berlin ne pouvaient «approuver un processus qui irait à la guerre».
«Nous considérons que tout doit être entrepris pour faire appliquer la résolution 1441 avec des moyens pacifiques. C’est là la position commune de la France et de l’Allemagne. Nous n’entendons pas y déroger (…) La guerre n’est jamais inévitable», a-t-il ajouté, reprenant une expression de Jacques Chirac.
Pour marquer sa convergence avec le chancelier allemand, Jacques Chirac a simplement ajouté, applaudi : « c’est la politique étrangère commune ». Le président français a marqué de nouveau la « différence » franco-allemande lors d’un déjeuner offert par le président allemand Johannes Rau au Château Bellevue, à Berlin. « C’est la voix des Allemands et des Français, s’exprimant ensemble, qui fait entendre une certaine conscience européenne », a-t-il dit en préambule. « Pour faire prévaloir la raison et le droit, pour rechercher, jusqu’au bout, une solution pacifique et négociée aux conflits, toujours préférable à l’emploi de la force et à ses conséquences désastreuses », a-t-il souligné.

• Sophie Louet (Reuters)

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