Message historique de l’Empereur du Japon

Message historique de l’Empereur du Japon

L’Empereur du Japon s’est solennellement adressé mercredi à son peuple, confronté à une aggravation de la crise nucléaire et à l’immense tâche de porter secours aux 500.000 sinistrés du séisme et du tsunami. «J’espère sincèrement que nous pourrons empêcher la situation d’empirer», a déclaré l’Empereur, Akihito, à l’occasion de cette adresse télévisée de quelques minutes. C’est la première fois qu’Akihito, sur le trône depuis 1989, intervient ainsi dans une situation de crise. L’Empereur s’est déclaré «profondément préoccupé par la situation dans la centrale de Fukushima», où s’est poursuivi mercredi l’enchaînement alarmant des accidents pour le cinquième jour depuis le séisme le plus fort de l’histoire de l’archipel. Après deux nouveaux incendies dans les réacteurs 3 et 4, la radioactivité mesurée à l’entrée du site a augmenté fortement vers 01h00 GMT avant de baisser ensuite. «Le niveau de radioactivité près de l’entrée varie grandement d’heure en heure à des niveaux qui continuent à être nocifs pour la santé», a expliqué le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano.
Le gouvernement a donc temporairement évacué mercredi matin les employés toujours sur le site, dont l’héroïsme a été salué par les médias japonais. La majeure partie des 800 employés avait déjà quitté les lieux sur ordre des autorités. La principale inquiétude concerne la piscine de stockage du combustible usé dans le réacteur 4, qui a été fortement endommagé par deux incendies survenus mardi. L’émission de rejets radioactifs y est jugée possible. Les autorités ont tenté, en vain, de déployer un hélicoptère pour déverser de l’eau afin d’assurer le remplissage de la piscine. Les enceintes de confinement des réacteurs 2 et 3, probablement endommagées, sont les autres sujets majeurs de préoccupation. Le gouvernement n’a pas annoncé mercredi de nouvelles mesures de précaution pour la population, au-delà de la zone d’exclusion de 30 km autour de la centrale. Les radiations au-delà des 20 km «ne posent pas de danger immédiat pour la santé», a assuré mercredi soir M. Edano. A Tokyo, à 250 km de la centrale, l’inquiétude restait cependant palpable et l’activité fortement réduite. Les vents devraient y demeurer favorables jeudi en poussant vers l’océan Pacifique les rejets radioactifs de la centrale, selon la météo. Les vents sont également scrutés avec une extrême attention par les voisins du Japon, en Chine, en Russie et jusqu’en Californie, au-delà du Pacifique. En Chine, des messages catastrophistes ont été relayés sur Internet et par SMS, mais les autorités ont assuré qu’aucun niveau anormal de radioactivité n’avait été détecté dans le pays. La peur est ressentie jusqu’en Europe occidentale, pourtant située à près de 10.000 km. Des pharmaciens en Allemagne et en France ont fait état d’une hausse des achats de pastilles d’iode. Dans ces pays, certains responsables politiques ont fait preuve d’un pessimisme extrême, bien supérieur à celui des autorités japonaises. Le commissaire européen à l’Energie, Ganther Oettinger, a ainsi parlé d’«apocalypse» en estimant que «pratiquement tout» était «hors de contrôle» à Fukushima. Le président américain Barack Obama s’est déclaré «profondément inquiet» pour les Japonais. Mais l’autorité de régulation nucléaire des Etats-Unis a estimé que Tokyo avait pris les «décisions adaptées» depuis le début de la crise. La gravité sur le front nucléaire fait passer au second plan la situation très difficile dans laquelle se trouvent les quelque 500.000 sinistrés ayant trouvé refuge dans 2.700 écoles ou salles municipales. Un froid mordant -avec des températures tombées à zéro degré- et des chutes de neige compliquent la tâche des 80.000 soldats et policiers japonais, épaulés par de nombreux secouristes étrangers, déployés sur le terrain.

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