Mohamed Al Achaari : «Il y a un gouvernement mais il n y a pas de politique en place»

Mohamed Al Achaari : «Il y a un gouvernement mais il n y a pas de politique en place»

ALM : Des retards dans la préparation du congrès le l’USFP prévu pour septembre s’annoncent. Un report du 9ème congrès est-il possible ?
Mohamed Al Achaari : S’il l’organisation du congrès n’est pas possible en septembre rien ne nous empêche de le reporter. L’essentiel c’est de faire un congrès qui puisse remettre l’USFP en marche.

Prendrez-vous part à cette course au premier secrétariat de l’USFP dominée par des figures du parti tel Habib El Malki et Ahmed Réda Chami entre autres ?
D’abord il n’y a pas de course au premier secrétariat  de l’USFP. Puis jusqu’à ce jour, il n’y a que des prétendants qui pourraient le rester sans forcément atteindre le statut de candidat. Il y aura de véritables candidats quand les candidatures seront ouvertes. Parce qu’il y a des règles. Et je suis quelqu’un de très respectueux des règles.

Quel regard portez-vous sur le rendement du gouvernement?
Je ne vois aucun rendement, aucune politique publique, aucune grande décision, aucun grand chantier, aucun agenda législatif. Depuis ces 8 mois que le gouvernement est en place, et parmi tous les textes qu’il aurait dû élaborer, je ne retiens qu’une maigre loi, celle concernant la nomination des hauts fonctionnaires.
Il me paraît que la vie politique n’est pas très riche. De quoi voulez-vous que je vous parle, des sorties folkloriques du chef de gouvernement, de ses boutades, de la halqa? Par rapport au style de communication du chef de gouvernement, je considère qu’il faut que toute action de communication soit liée à une action, à un contenu. Or je ne vois aucun contenu, que du vide, nous n’avons rien à juger. Pour moi donc, la crise politique actuelle réside dans le fait qu’il y a un gouvernement en place mais qu’il n’y a pas de politique publique.

Mais nous remarquons aussi que de l’autre côté, l’USFP en tant que parti d’opposition a du mal à renouer avec sa tradition d’opposition…
Il ne s’agit pas pour l’USFP de reproduire la même expérience. Le Maroc a changé, nous sommes face à un gouvernement différent. Les institutions ont changé, la Constitution aussi. Notre approche en opposition doit aussi changer. Pour cela, le parti doit changer de ligne politique, de discours, de dirigeants. Il doit revoir ses rapports avec les gens, devenir une structure politique moderne sensible  aux attentes de la population. C’est tout le débat qui existe aujourd’hui au sein du parti, dans la perspective du congrès.  Ainsi, on a le choix entre deux démarches : soit on continue à se situer dans la même tradition politique qui a abouti à l’expérience de l’alternance, à notre participation à la gestion des affaires publiques, soit, au contraire, nous nous remettons en question pour revoir tout ce que nous avons raté et renouer avec les jeunes, les femmes et les acteurs de la société. Les écouter et répondre à leurs attentes. Ceci passe par l’élaboration de propositions concrètes et non pas que par un discours sur les grandes valeurs. Ce chantier nécessite une vision nouvelle, un souffle nouveau et des décisions courageuses et non pas du bricolage. Dans ce sens, on ne peut pas se réduire à devenir une simple pièce, dans une mécanique politique, un simple corps qui ne se pose pas de question, qui ne pense pas à l’avenir.

Justement, êtes-vous de ceux qui pensent que l’avenir de l’USFP réside dans l’unification de la famille de la gauche ?
Je suis très attaché aux valeurs de la gauche, profondément convaincu que la famille de la gauche doit se réunir, fédérer autour d’un grand projet.  Cet objectif  doit rester au cœur de l’action de l’USFP. Cette action unitaire doit démarrer dès le congrès et non pas après. Le 9ème congrès de l’USFP devrait être l’espace de construction de cette unité. Il ne s’agit pas de dissoudre les structures de ces partis de gauche pour qu’ils fondent dans l’USFP. Il s’agit principalement d’associer ces partis au congrès, ce dernier doit être l’affaire de tous les militants de la gauche.

Mais de l’avis des observateurs, cette famille de gauche est hétérogène et difficile à rassembler. Aussi elle n’a pas une véritable popularité chez le corps électoral.
Tout en restant pluriel, on peut construire une grande famille unie autour de valeurs et d’un projet d’avenir.  La diversité n’est nullement négative. Je ne demande pas qu’on devienne un parti de la pensée unique, mais un parti riche par ses différentes visions. C’est ce qui nous permettra de construire un projet d’avenir  et devenir une grande force politique. Celle qui doit résister face au projet social, culturel et politique hégémoniste. Par ailleurs, on n’est pas dans une logique de tractations politiques où il est question de faire naïvement des additions numériques des voix. Il s’agit pour nous de réunir les conditions d’une reconquête, de renouer avec le débat public à travers des projets convaincants et séduisants. Les urnes c’est pour après. Et ce que l’USFP doit conquérir est beaucoup plus important que ce qu’il a entre les mains aujourd’hui.

Au sein de l’USFP, il existe également un courant de pensée qui voudrait s’allier à un parti libéral, le RNI par exemple, ou le PAM. D’autant que la conjoncture impose une coordination entre les composantes de l’opposition pour faire face à un gouvernement de conservateurs…
Notre projet ne doit pas être dicté par la conjoncture d’aujourd’hui. On voudrait renouer avec la transparence dans les idées, la clarté dans les alliances. Parce que le Maroc a beaucoup souffert des amalgames. On ne sait plus qui fait quoi, qui revendique quoi. On met dans le même panier, des libéraux, des gauchistes, des islamistes… et on donne aux Marocains la possibilité de choisir, sans véritablement choisir. Les Marocains vont aux urnes sans savoir ce que cela va donner. Et aujourd’hui, nous sommes convaincus que le PJD et ses alliés sont en train de conduire le pays vers un grand désastre économique et politique. Il faut donc construire l’alternative.

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