Moncef Belkhayat : Programme du G8, une première historique !

Moncef Belkhayat : Programme du G8, une première historique !

ALM : On a l’impression que la roue des événements tourne plus vite et que chacun des pôles politiques qui se sont constitués en prévision des législatives anticipées ordonne ses troupes et fourbit ses armes. Quels sont les véritables enjeux de cette prochaine consultation populaire ?
Moncef Belkhayat : Pour les comprendre, attachons-nous d’abord à définir le contexte. Je ne crois pas faire œuvre originale si j’affirme que c’est un contexte particulier tant en interne qu’à l’international. On connaît les événements qui ont bouleversé le monde arabe, sinon le monde tout court. Certains agissent encore à l’heure actuelle. Dans  l’ordre interne, il ne fait pas de doute que le RNI a conforté sa position. Il a montré qu’il est tout autant un élément essentiel de l’Alliance pour la démocratie, le G8 si vous préférez, qu’un membre actif du gouvernement. La semaine passée à Skhirat, les ministres RNI ont nettement établi l’importance de cette participation en présentant le bilan de leur action. Cette réunion-bilan a également été un grand moment de communication avec les cadres et les militants qui ont ainsi validé les grandes orientations de leur parti. 
Ce mercredi (2 novembre) à Casablanca, un autre pas a été franchi sur la voie du positionnement du RNI et de ses alliés avec la présentation par le G8 d’un programme commun. C’est  un tournant historique. Pour la première fois dans l’évolution récente du pays, un pôle politique, un groupe de partis donc, a proposé un projet concerté de société en présentant un programme commun avant les élections. Cela ne s’est jamais fait auparavant. Je crois que cela dénote deux choses : d’abord que l’Alliance pour la démocratie n’est pas une convergence d’intérêts comme on a pu le dire, mais qu’elle est un véritable pôle politique, fort et dont l’union est cimentée par un projet sociétal. Et qui plus est, va au plus près des attentes du plus grand nombre des citoyens en empruntant aux conceptions de chacun de ses composantes. Ensuite, cette présentation montre le respect que l’Alliance nourrit à l’égard des électeurs. Elle leur dit : voilà à quoi nous nous engageons si vous votez pour nous. En un sens elle leur met les termes du contrat en main avant sa conclusion. Cela s’appelle la transparence.
 
Sans doute, mais ce n’est pas propre au G8, me semble-t-il. N’est-ce pas ce qui se passe en général ?
Détrompez-vous. Jusqu’ici chaque parti présentait son programme en aparté – si j’ose dire- , et ce n’est qu’une fois les élections organisées que les alliances se nouaient en fonction des résultats obtenus. Il en découle un manque de cohérence et de cohésion qui peut s’avérer préjudiciable à l’action commune. Le RNI et ses alliés veulent changer tout cela en se prononçant, avant le 25 novembre, pour un projet de société moderne, progressiste et ouvert sur le monde extérieur. Au demeurant, un projet de société où les femmes et les jeunes ont leurs places et où la pratique démocratique est réelle et l’expression populaire respectée. Nous nous positionnons donc comme un pôle à l’opposé des conservateurs. Espérons donc que cela apportera à l’échiquier politique la transparence et la clarté qu’exige le contexte, et surtout, que cela consolidera  la position des petits partis en leur permettant de s’agréger. Tous les analystes conviennent en effet que la balkanisation du champ politique est préjudiciable à la gestion des affaires publiques. Je pense que beaucoup de citoyens seront interpellés par notre projet de société, car il a le mérite d’être clair sur un certain nombre de déterminants. Nous voulons un Maroc en développement continu et dans lequel la femme a un rôle primordial, ce qui est à l’opposé de ce que lui souhaitent ceux qui la veulent confinée à un niveau rétrograde et passéiste.

Bien. Alors retournons à l’origine des abscisses et à ce qui s’est passé mercredi (2 novembre) à Casablanca. En quoi est-ce plus saillant que ce que vient de décider la Koutla ?
Ce matin, l’Alliance pour la démocratie a présenté un programme commun basé sur une vision commune d’un Maroc moderne, démocratique, ouvert et a défini des axes stratégiques importants à opérationnaliser durant la prochaine législature. Les fondements en sont l’équité sociale, la dignité du citoyen et l’essor économique. Dans cette optique, nous avons pris 20 engagements chiffrés dont les plus saillants sont la création d’un million d’emplois sur toute la législature- soit 200.000 par an-, un taux de croissance de 6%, un taux d’inflation à 2% afin de préserver le pouvoir d’achat du citoyen et, un déficit budgétaire inférieur à 4% dans le but de sauvegarder les équilibres macroéconomiques. En outre, nous prônons un islam ouvert, médian comme il l’a toujours été durant 14 siècles au Maroc. Sans avoir à importer quoi que ce soit de qui que ce soit. Nous prônons le concept de Commanderie des croyants comme autorité religieuse suprême habilitée à gérer et à légiférer en matière religieuse. Enfin, comme cela a été prôné avec insistance par nos alliés du Mouvement populaire (MP), nous comptons mettre en place un plan d’action renforcé en faveur du monde rural portant notamment sur la défense des petits agriculteurs et la lutte contre la pauvreté dans plus de 800 communes rurales.
Je ne puis clôturer ce chapitre des grandes lignes du programme commun du G8 sans dire que nous sommes conscients du fait qu’il faille réhabiliter des valeurs pérennes comme la transparence et la justice. Je me dois également d’affirmer que nous sommes convaincus de la nécessité de combattre la corruption, d’œuvrer à la relance de la politique d’éducation nationale, de la santé et de la justice. Car sans cela, il sera difficile de regagner la confiance du citoyen en 2016, puisque le pilier de la bonne gouvernance est une société juste et équitable dans laquelle la démocratie s’exprime naturellement dans le respect de la nouvelle Constitution.

C’est un programme assez vaste pour séduire l’éventail de bonnes volontés le plus large. Le G8 reste-t-il ouvert à d’autres adhésions, comme cela a été dit au premier jour ?
Tous ceux qui adhèrent aux principes et aux valeurs et au projet moderniste et démocratique du Maroc, aux droits de la femme, aux droits économiques, sociaux et surtout politiques et civils que défend notre alliance seront les bienvenus.

Qui par exemple ?
Je pense à l’USFP, mais aussi à plusieurs partis du centre gauche et pourquoi pas aux partis de l’extrême gauche avec qui nous partageons par la croyance un certain nombre de valeurs communes, mais avec lesquels nous ne sommes pas d’accord sur les méthodes. C’est le cas du PSU qui porte un certain nombre de valeurs semblables aux nôtres, mais qui prône le boycott quand nous nous prononçons pour l’implication et la concertation qui donnent la force du nombre. Je pense également au PPS, formation dont je respecte l’organisation et la qualité des cadres.

La Koutla a présenté sa plate-forme ce matin (2 novembre). Mais à Rabat. Quelle signification à l’événement?
La Koutla a vingt ans et, dit-on, même les révolutions sont à refaire à cet âge-là. Du reste, cela est également valable pour l’Ouifak. En clair, la donne a changé avec la nouvelle Constitution et avec 10 ans de style de règne sans précédent. De sorte que les méthodes d’analyse de la vie politique ont également changé. Il serait tout à fait erroné aujourd’hui de parler de manière totalement dépassée de partis de l’administration par rapport à ceux qui se targuaient d’une espèce de légitimité historique qu’ils étaient, selon eux, les seuls à détenir. Erroné parce que la logique historique n’est plus la même, le contexte national et international ayant muté et parce que, totalisant 100 ans d’expérience politique dont 33 pour le seul RNI, l’Alliance pour la démocratie est en droit de se prévaloir de la légitimité historique dont les autres se disent avoir la propriété exclusive.

Que pensez-vous du jeu politique à l’orée du 25 novembre ?
Je pense que le débat est pauvre, qu’il n’y a pas d’échange d’idées. Et cela à tous les niveaux : national, régional et local. Je pense que ce n’est pas la meilleure manière d’intéresser les gens au fait politique. Je suis donc pour un débat réel et constructif auquel toutes les composantes politiques participent et où le projet de société proposé, le vécu des citoyens et leurs préoccupations ont une place centrale. Or, au lieu de débattre des options qui s’offrent à la Nation, ce qui donne la possibilité d’en comparer les mérites respectifs, on assiste chez les autres à l’utilisation du religieux comme argument politique. Ou, dans d’autres cas, à un argumentaire populiste ou démagogique. Il n’y a donc là rien qui puisse attirer les foules vers la confrontation des idées sur ce qui détermine l’avenir commun. Rien qui les interpelle dans un contexte où l’adhésion du plus grand nombre est essentielle à la crédibilisation de l’action politique. Il me semble que cela ne favorise pas la mobilisation en cette période charnière. Mon sentiment est que le niveau de débat actuel ne conforte pas la démocratie.

Où se présente le candidat Moncef Belkhayat ?
A Casablanca lors des prochaines élections locales. Je pense que mon profil combinant politique et management sera plus approprié pour la vision que la nouvelle Constitution offrira à la Région. Mais ça sera pour mars 2012 !

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *