Mounssif Aderkaoui : «La transformation structurelle a été très satisfaisante»

Mounssif Aderkaoui : «La transformation structurelle a été très satisfaisante»

Entretien avec Mounssif Aderkaoui, directeur des études et des prévisions financières au ministère de l’économie et des finances

le Plan Maroc Vert a permis d’accélérer la modernisation de l’agriculture marocaine et de renforcer sa reconversion graduelle en faveur des cultures résilientes au climat.

ALM : L’économie marocaine a subi une transformation structurelle ces vingt dernières années. Quelle lecture faites-vous de la dynamique sectorielle ayant marqué le cap 1999-2019 ?

Mounssif Aderkaoui : Notre pays a effectivement connu, durant ces vingt dernières années, une véritable dynamique de progrès et de modernisation sur plusieurs plans. Cette dynamique a été rendue possible grâce à l’élan réformateur volontariste et délibéré que le Maroc a fait le sien, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Aujourd’hui, plusieurs indicateurs économiques et sociaux confirment cette transformation structurelle dont, notamment, le net rebond du PIB par habitant, l’atténuation significative de la pauvreté dans ses multiples dimensions, la baisse du taux de chômage, la quasi-généralisation de l’accès des populations rurales aux services de base (eau potable, électricité, routes rurales…)….

La diversification structurelle de notre système productif est également l’un des traits majeurs de cette évolution vertueuse, portée par plusieurs stratégies sectorielles ambitieuses. J’en citerais, notamment, le Plan Maroc Vert (PMV) qui a permis d’accélérer la modernisation de l’agriculture marocaine et de renforcer sa reconversion graduelle en faveur des cultures résilientes au climat. Il en est de même pour les plans de stratégie industrielle dont les effets positifs sont aujourd’hui palpables. En témoignent les positions stratégiques acquises par certaines branches industrielles dans les chaînes de valeur mondiales, dont notamment l’automobile. A cela s’ajoute, bien évidemment, la stratégie énergétique qui ambitionne d’ériger le Maroc en acteur mondial des énergies renouvelables. Le renforcement des capacités d’appropriation technologiques en la matière et la réalisation de la plus grande centrale solaire au monde à Ouarzazate confortent une telle ambition. En somme, la transformation structurelle impulsée par l’ensemble des stratégies sectorielles a été très satisfaisante mais recèle encore un potentiel important. La mobilisation pleine et entière de ce potentiel ne manque pas d’inscrire davantage l’économie nationale sur un sentier de croissance fort et soutenu. Ce qui sera opportun pour lui permettre d’accélérer sa convergence vers les standards de performances les plus élevés.

Selon vous, comment la diversification du tissu économique a-t-elle réussi à améliorer les agrégats économiques du pays et les rendre plus résilients ?

Les transformations structurelles qui ont marqué le système productif national au cours de ces dernières années se sont avérées opportunes pour consolider les bases d’une économie moderne et résiliente. Pour preuve, le caractère volatil de la croissance du PIB s’est fortement atténué, avec une réduction significative de l’écart type, qui est passé de 6 durant les années 90 à près de 1,8 au cours des vingt dernières années. En plus de la diversification des ressorts de croissance de l’économie marocaine, que j’ai évoquée précédemment, la résilience de notre économie est attribuable à deux autres facteurs structurants. D’abord, la dynamique de progrès que connaissent les territoires en tant qu’espaces de création de la richesse et des emplois. J’insisterais plus particulièrement sur le modèle de développement des provinces du Sud, qui s’appuie sur un programme d’investissement d’envergure. Ce modèle, dont l’opérationnalisation avance à grands pas, devrait ériger ses provinces en un véritable pôle de développement profitant même au voisinage subsaharien. De même, les efforts déployés au niveau de la région du Nord, notamment à travers le grand port Tanger Med, n’ont pas manqué d’exercer des effets d’entraînement positifs sur l’activité économique dans la région. L’extension récente de ce port conforterait encore davantage son positionnement de hub régional de choix au bénéfice du développement de la région tout entière. Ensuite, cette résilience n’est pas sans lien avec la diversification de nos relations commerciales extérieures. Cela nous permet aujourd’hui de mieux tirer profit de la dynamique de la demande étrangère émanant de partenaires dont les perspectives de croissance sont prometteuses à l’instar des pays d’Afrique et certains pays émergents. Cette diversification nous permet aussi d’atténuer, du moins partiellement, les effets liés au retournement de conjoncture dans certains partenaires clés, à l’instar des pays de l’Union européenne. Je ne pourrais omettre la résilience de notre rating souverain, désormais classé dans la catégorie investissement (investment grade). La faible prime de risque assortie aux titres obligataires émis par le Maroc sur le marché international témoigne de la confiance des marchés financiers quant à la soutenabilité de nos fondamentaux macroéconomiques, mais aussi eu égard aux perspectives favorables de l’économie marocaine. Ce sont là quelques manifestations des effets positifs induits par la transformation de l’économie marocaine. Néanmoins, les enjeux soulevés par un contexte international de plus en plus difficile devraient nous inciter à faire preuve de grande vigilance, en anticipant les mutations qui se profilent tant du côté de la demande mondiale que du côté de la dynamique de l’ordre concurrentiel international.

A quel point cette mutation économique a-t-elle contribué à asseoir le positionnement du Maroc sur l’échiquier international ?

Nul doute que les performances encourageantes réalisées par le Maroc au cours des deux dernières décennies ont eu des effets positifs sur son positionnement sur l’échiquier mondial. C’est ce dont témoigne la diversité des relations de coopération de notre pays qui consacrent davantage son statut de partenaire crédible, prisées par les puissances tant traditionnelles qu’émergentes. D’ailleurs, le Maroc est souvent érigé en modèle réussi devant constituer une source d’inspiration pour les pays du voisinage sud-méditerranéen, arabes et africains. Les effets positifs induits par la transformation structurelle de l’économie marocaine sont corroborés par le net rebond de l’attractivité de notre pays eu égard aux IDE originaires de firmes leaders dans leurs secteurs d’activité. Ces IDE jouent non seulement un rôle déterminant dans les équilibres macro-financiers de notre pays, mais constituent aussi un vecteur important en matière de renforcement des capacités d’appropriation technologique de notre pays.

Par ailleurs, la dynamique de progrès dans laquelle le Maroc est résolument engagé lui a permis aussi d’améliorer son classement international au titre de plusieurs indicateurs de référence. Je voudrais citer plus particulièrement l’amélioration substantielle du classement de notre pays au titre de l’indicateur «Doing Business», qui est passé de la 102ème place en 2006 à la 60ème position en 2019. De même, l’indice de liberté économique, publié par la Fondation Héritage, fait état d’une franche progression, puisque notre pays a gagné 17 places entre 2014 et 2017 au titre de cet indice.

Parmi les orientations prises, on cite l’ambition de faire du Maroc un hub régional sur le plan économique. Quels sont les atouts qui confortent ce choix ?

Le positionnement géostratégique du Maroc lui confère, à plus d’un titre, la vocation d’être un hub régional au carrefour de grands marchés intercontinentaux. Outre cette dotation naturelle, un effort gigantesque a été déployé par le Maroc, sous l’égide de Sa Majesté le Roi, pour doter le pays d’infrastructures matérielles et immatérielles seules à même d’asseoir ce statut de hub sur des bases compétitives et résilientes. Je voudrais faire allusion ici à l’effort d’équipement du pays en infrastructures portuaires et aéroportuaires qui ont fortement impulsé la connectivité internationale du Royaume. Il en est de même pour les méga-plates-formes industrielles qui accueillent les firmes multinationales souhaitant faire du Maroc une clé d’entrée servant notamment les marchés de l’Afrique et ceux de la région MENA. Ce positionnement privilégié prend appui sur la multiplicité des accords de libre-échange conclus par le Maroc, qui donnent accès, en franchise des droits de douane, à un vaste marché de consommateurs. Il se trouve, aussi, conforté par les choix de politique économique, consacrant les vertus de l’ouverture et l’amélioration constante du climat général d’investissement. Ce statut de hub régional que le Maroc est en train d’édifier dans une multitude de domaines (transport, finance, énergie…) n’est pas sans relation avec les orientations de la diplomatie économique du Royaume, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi qui a placé l’Afrique au cœur des priorités stratégiques de notre pays. En privilégiant une démarche axée sur une articulation judicieuse entre les approches bilatérales, trilatérales et multilatérales de la coopération avec l’Afrique, cette diplomatie audacieuse s’est avérée un levier pertinent qui contribue à rehausser l’attractivité du Maroc et à conforter son positionnement en tant que hub régional à fort potentiel.

Le Maroc a amorcé récemment le débat quant au nouveau modèle de développement. Sur quoi devrait-on capitaliser pour mener à bien cette nouvelle configuration ?

Je dois préciser, en toute objectivité, que les avancées encourageantes enregistrées par le Maroc dans plusieurs domaines lui permettent aujourd’hui de réunir les conditions propices pour faire un saut qualitatif important en matière de développement économique et social. L’appel lancé par Sa Majesté le Roi pour réhabiliter le modèle de développement national préside de cette préoccupation majeure. Cette réhabilitation serait opportune pour élargir les perspectives de développement d’ensemble de notre pays et lui permet de mieux relever les défis occasionnés par les transitions internes qui le jalonnent et d’anticiper les mutations accélérées de son environnement international. C’est un nouveau pari de développement qui exige, conformément aux Hautes orientations royales, la mobilisation pleine et entière des potentialités humaines et matérielles dont regorge notre pays.

Cette mobilisation permettra a fortiori  de consolider les bases d’une croissance économique auto-entretenue, résiliente et inclusive. La nouvelle configuration de développement qui se profile requiert pour son bon acheminement le recours, entre autres, à des approches rénovées en matière de déploiement des politiques publiques. Cela s’avère opportun pour évoluer d’une approche quantitative du développement, qui constituait un passage obligé pour le Maroc en vue de résorber les déficits accumulés dans plusieurs domaines, à une approche qualitative, axée sur la mise en valeur des éléments intangibles de la richesse nationale. En un mot, ce sont les dimensions clés du capital immatériel de notre pays, en l’occurrence le capital social, le capital institutionnel et le capital humain qu’il conviendrait de mettre davantage en valeur pour maximiser les dividendes de l’élan réformateur de notre pays et lui permettre, in fine, d’accélérer sa trajectoire de développement et se hisser au rang des nations prospères et agissantes sur l’échiquier international.

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