Mustapha El Khalfi à l inauguration de la nouvelle année académique de l ISIC

Mustapha El Khalfi  à l inauguration  de la nouvelle année  académique de l ISIC

Les échos qui ont salué la conférence qui a inauguré, vendredi soir à Rabat, la nouvelle année académique à l’Institut des sciences de l’information et de la communication (ISIC) ne sont certainement pas ceux que les organisateurs souhaitaient. Le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement qui l’a donnée a été accueilli par des étudiants-journalistes en colère qui ont clamé leurs revendications jusqu’à l’empêcher de prendre la parole durant un bon quart d’heure. Ironie du sort, l’exposé qui a été fait par Mustapha El Khalfi qui traitait des «Médias marocains entre le défi constitutionnel et les contraintes de la compétitivité» concluait à la nécessité de hausser le niveau de formation et d’améliorer les conditions d’exercice du métier pour rendre la presse nationale apte à s’insérer dans son époque. Les étudiants l’ont pris au mot et n’ont pas désarmé de la soirée pour demander de traduire tout cela en actes concrets.
Point de départ du raisonnement du conférencier : comme toute réalité en développement, la presse a besoin de s’adapter à son environnement pour rester en vie. Mais, a-t-il fait remarquer, la richesse de la presse n’est pas nécessairement liée à la démocratie. Ou si l’on veut, la diversité des médias, leur santé apparente et leur nombre peuvent percer sur les terreaux les plus variés. Une chose est sûre cependant : la diversité est toujours assurée en démocratie et cette richesse est invariablement affaire de compétitivité. En sorte que pour être en phase avec son temps, la presse dans toutes ses composantes a besoin de quatre facteurs déclencheurs tout aussi essentiels les uns que les autres. Au premier rang de ces éléments vient le cadre légal.
Dans le cas du Maroc, il prend racine dans la Constitution de juillet qui a dévolu aux médias un rôle cardinal dans l’établissement de la démocratie et son exercice. Seulement voilà, a estimé Mustapha El Khalfi, c’est un vaste chantier tant il faut amender et parfois reprendre de zéro, voire créer de toutes pièces dans des domaines aussi complexes que variés. Le 2ème est l’application de ces règles de droit, c’est l’institutionnalisation. Le 3ème a trait aux politiques publiques et à leurs orientations et le dernier, au respect des obligations souscrites à l’international, donc aux traités et conventions signés.
Les piliers de la compétitivité sont également au nombre de 4 : le modèle économique de l’entreprise de presse, le contenu de cette presse, son aptitude à faire profit du progrès technologique et la complémentarité qu’elle parvient à créer entre ses différentes composantes. Pour que le patchwork réalisé à partir de ces 8 facteurs prenne de manière satisfaisante, il faut en plus de la formation, de la législation et de la bonne gouvernance. Cela est plus particulièrement indiqué dans le cas marocain où le nombre des lecteurs de la presse écrite ne dépasse pas les 500.000 pour quelque 588 titres. Au vrai un chiffre qui va s’amenuisant car de 130 qu’ils étaient il y a seulement 3 ou 4 ans, les journaux régionaux ne sont plus que 100 et que, des 75 titres qui recevaient des aides publiques, 50 n’ont pu satisfaire aux critères d’éligibilité. Evolution à l’identique pour les journaux amazighs qui de 10 ne sont plus qu’un. L’audiovisuel ne se porte pas mieux : 2 à 2,5 millions de téléspectateurs – avec une mention spéciale pour l’émission «Moudawala» avec ses 2,6 millions de fans. D’ailleurs, a ajouté le conférencier, aussi bien les 8 chaînes de la SNRT que 2M et Médi 1 TV accusent une baisse d’audience qui interpelle. Sur les 47 à 49% de Marocains qui regardent leurs émissions, la majorité sont des ruraux, «les citadins comme les élites sont hors réseau». En sorte que la question du contenu est l’un des défis majeurs que doivent relever ces médias car, en définitive, elle dessert le droit d’accès à l’information au demeurant déjà imparfaitement exercé du fait que certaines localités ne captent ni radio ni TV. Pour améliorer ce contenu, a estimé le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, il faut promouvoir les compétences et les aptitudes des servants de la machine au moyen d’une formation adéquate. Il a ainsi annoncé la création d’une académie des sciences de l’information et de la communication commune aux différentes disciplines et dont l’enseignement sera basé sur la transversalité qui permet de passer d’une branche à l’autre en cours de cursus.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *