Népotisme et xénophobie, deux polémiques bien françaises

Népotisme et xénophobie, deux polémiques bien françaises

Signe que l’année 2009 n’a pas été de tout repos en France, la difficulté évidente de choisir parmi les grandes polémiques qui ont traversé son actualité. La raison en est simple. Le grand chef d’orchestre, Nicolas Sarkozy, ne donne ni dans la mesure ni dans la sage décision mûrement réfléchie. Son tempérament, dynamique et impatient, d’accélérateur des réformes, lui fait prendre les grandes audaces pour d’accessibles lanternes. Son crédo a toujours été celui de faire bouger les lignes, quitte à faire grincer les dents et soulever des tempêtes. Il n’empêche que dans la vaste marée des tourbillons qui ont jalonné l’année écoulée, deux grandes polémiques se sont distinguées à cause d’une part de la puissance de leurs échos et surtout de leurs effets configurateurs d’ambiance. La première est la tentative présidentielle ratée d’installer le fils Jean Sarkozy à la tête de l’Epad, le plus grand quartier d’affaires d’Europe. La seconde est la déclaration ouvertement raciste et xénophobe de Brice Hortefeux sur «les auvergnats» dont le nombre ne doit pas dépasser un sous peine de créer des problèmes. La grande polémique autour de Jean Sarkozy fut déterminante. La gauche s’en est emparée pour crier au népotisme et au favoritisme et dénoncer cette volonté du prince de briser tous les codes pour assouvir un caprice. La majorité présidentielle dut monter sur ses grands chevaux pour défendre mordicus le choix présidentiel et dénoncer à son tour cette campagne discriminatoire. Et quand, après une des plus violentes polémiques de son mandat, Nicolas Sarkozy dut faire marcher en arrière, cette même majorité avala en grognant la piquante couleuvre. Cette polémique avait un terrible dommage collatéral, celui de montrer dans quelle épaisse tour d’ivoire le pouvoir politique, qui n’écoutait plus désormais que les mielleux courtisans, était en train de s’enfermer. La seconde grande polémique dont les échos dévastateurs résonnent encore dans les têtes fut initiée par le ministre de l’intérieur et des Cultes Brice Hortefeux, surpris lors d’une conversation en train de livrer un curieux état d’âmes. Parlant devant un jeune Français d’origine  arabe, il lâche cette pensée d’une convivialité et d’une tolérance douteuses : «s’il y en a un, ça va ; c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes». Il n’en fallait pas plus pour que la polémique s’enflamme. La gauche sort ses indignations morales qu’elle avait soigneusement rangées dans ses cartons depuis l’épisode Georges Frêche et ses Harkis ou plus tard Manuel Valls et « ses Blancos ». La droite exprime sa solidarité obligée et un embarras visible. Le tout sur fond d’une inquiétante contorsion : si le grand représentant de l’Etat, qu’est l’ami Hortefeux, commence à adopter un tel discours, que reste-t-il au commun des ordinaires ? La réponse à cette interrogation n’allait pas tarder et la polémique jadis isolée va devenir une préoccupation française. Le débat sur l’identité nationale lancée par «l’épouvantail» Eric Besson s’ouvrit sur un torrent de haine et de xénophobie.  Volontairement ou pas, Brice Hortefeux aura joué comme un libérateur de la parole raciste assumée.

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