Nicolas Sarkozy piégé par le bidonnage

L’affaire fait un bruit si grand qu’elle est parvenue presque à occulter l’exploit que Nicolas Sarkozy vient de réaliser au Brésil lorsqu’il est arrivé enfin à convaincre les Brésiliens d’acheter trente-six avions Rafale. L’affaire, c’est la télévision belge qui l’a tressée en diffusant un reportage affirmant que lors d’une visite à une usine en difficulté censée porter le message de rentrée politique et sociale de Nicolas Sarkozy, l’Elysée avait fait appel à une équipe d’ouvriers figurants pour se mettre derrière le président Sarkozy. Critères de sélection : il faut qu’ils soient de petite taille pour ne pas faire de l’ombre à Nicolas Sarkozy dont le gabarit n’est pas olympique. Ce n’est pas la première fois que le président français se fait si durement tacler par la télévison des Belges. Déjà par le passé, la RTBF s’était faite distinguée en montrant des images d’une conférence de presse de Nicolas Sarkozy après une longue rencontre avec Vladimir Poutine. Le président français était si claqué, si peu maître de son expression que le journaliste belge n’a pas hésité à affirmer qu’il a dû abuser de la Vodka, boisson nationale des Russes et emblème fantasmé des piliers de comptoir. Un comble pour un président qui se targue de ne jamais fumer ni de boire une goutte d’alcool au risque de se mettre à dos une corporation de l’industrie viticole si puissante dans les cénacles de la République. 
Autant l’accusation d’une subite alcoolémie pouvait être balayée d’un revers de la main, autant l’affaire de la visite de l’usine et du casting de ses ouvriers de petites tailles méritait une réponse sérieuse et catastrophée. Et c’est sur le ton de l’indignation outrée que l’Elysée avait répondu. «Allusions ridicules» «grossier, saugrenu» tels étaient les mots qui visaient principalement à empêcher qu’un tel débat sur le bidonnage de la communication gouvernementale ne remplace le message politique qu’elle est censée porter. Avec ce risque mortel, jeter un doute suspicieux, handicaper à jamais les sorties du président de la République. Il faut dire que la tentation est grande pour Nicolas Sarkozy de contrôler sa communication et ses déplacements. Avec le recul et à l’exception de la très fournie parenthèse «bling bling» qui l’avait vu exhiber, sur papier glacé retouché par photoshop, ses lunettes et ses montres de luxe, les étincelles qu’avaient provoquées ses déplacements dans des secteurs frappés de plein fouet par la crise ont terni son image et produit le désamour des Français que reflètent sans arrêt les sondages. Tout le monde se souvient de sa visite au Salon de l’agriculture et son éruptif «casse-toi pauvre con» lancé à la figure d’un visiteur qui refusait de lui serrer la main. Personne n’a oublié son invitation virile à un pêcheur qui l’insultait du haut d’un balcon de descendre régler «ça» entre hommes. Ce souci extrême de contrôler sa communication n’est pas le monopole de Nicolas Sarkozy à cause d’une petite taille montée sur un tempérament volcanique. Il est devenu presque une spécialité du gouvernement. Trois ministres ont porté le bidonnage de leur communication à un niveau rarement atteint. Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, descend dans un centre Carrefour de Marseille pour vendre la nouvelle allocation rentrée scolaire (ARS) avec une mise en scène et un jeu d’acteurs digne des séries télévisées.  Vient ensuite le maître en la matière, le nouveau ministre de l’éducation nationale qui se fait accoster et applaudir dans un centre commercial par des mères de famille estampillées UMP.  Le coup de Luc Chatel et le secrétaire d’état au Commerce Hervé Novelli qui l’accompagnait dans cette virée fut si grotesque que cela leur avait valu, le 19 août dernier, un article et une photo dans le prestigieux «New York Time» intitulé «A good -news photo op embarrasses two french ministers».  Le journal américain est traditionnellement peu enclin à accorder une place à ce genre de sujet jugé mineur et à l’intérêt microscopique. Le troisième ministre qui s’est livré à ce genre d’exercice est le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux à la veille d’une importante réunion sur la sécurité avec Nicolas Sarkozy et  François Fillon. Fadela Amara, la secrétaire d’état à la Banlieue lui a fourni un casting de rêve pour chanter les louanges d’une démarche qui vise à ouvrir un dialogue entre la police et les jeunes des quartiers difficiles.

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