Oraison funèbre pour le Polisario

Hier encore, c’était au tour de la République de Madagascar de déclarer par la voix de son président, M. Marc Ravalomanana, en visite au Maroc, qu’elle gèle désormais sa reconnaissance de la "rasd", déclaration aussitôt relayée par une sentence sans équivoque du chef de la diplomatie malgache qui a levé tout le voile en soulignant que son pays "reconnaît sans hésitation, le droit du Maroc à l’intégrité de son territoire". A voir se déployer cette série de retraits de reconnaissance, à observer ce chapelet de désaveux publiquement exprimés, on ne peut s’empêcher de dire que ce bateau ivre battant pavillon "polisario" n’est pas loin du récif sur lequel il s’échouera fatalement. La politique en effet, est un art qui consiste à
observer, à analyser, à se remodeler et à se réinventer en permanence. En tant que telle, elle ne peut relever du domaine de l’aventure. Celle-ci, un jeu où l’on se lance dans un vrai quitte ou double, a forcément une fin. L’aventure "polisario" touche véritablement à sa fin. A trop vouloir mordre sur l’irréel, à trop vouloir chasser la vérité par le mensonge, le "polisario" a fini un peu trop maladroitement, de créer un effet repoussoir chez ses propres alliés d’hier. Manifestement, il a oublié cette maxime pourtant fondatrice de toute œuvre durable en politique comme en tout autre domaine, à savoir que la caricature, aussi bien soignée soit-elle, ne peut indéfiniment inonder la réalité. Ce faisant, il a joué l’œuvre jetable. Observons à présent cette nouvelle position de la République de Madagascar. Elle apparaît fondamentalement comme un coup de massue quand on sait que l’ancien régime malgache, balayé il y a trois ans par un vote-sanction sans appel et un élan populaire novateur, était le défenseur le plus excité du "polisario". Qui ne se souvient pas des envolées oratoires du chef de ce défunt régime, le sieur Ratsiraka en l’occurrence, de ses discours qui frôlent la diffamation, qui laissent transparaître ostensiblement la haine pour l’autre, le refus du débat, le rejet systématique, le tout encouragé par un contexte littéralement inquisitorial. C’était le temps de la guerre froide, avec l’échiquier politique international qu’elle a enfanté, cultivé et entretenu, où se ranger d’un côté ou de l’autre, suffisait à se définir. Bien des régions du monde portent encore les blessures et les cicatrices de cette période où il n’y avait nulle ligne de démarcation entre le juste et l’injuste, la morale et le mal délibérément administré. L’atmosphère y était à la rage, et l’homme passionné passait beaucoup mieux, aux yeux de la masse, que l’analyste qui traque l’événement à la recherche de la réalité. C’était un autre temps. Les discours de Ratsiraka gisent aujourd’hui dans les ruines de la défunte organisation de l’Unité africaine qui a servi de longues années durant, comme cadre à des débats parfois orageux sans aucun rapport avec les préoccupations majeures des peuples de notre pauvre continent, comme forum où les arrières- pensées supplantent délibérément les pensées. En tant que travail scientifique, l’Histoire ne pardonne jamais. Alexandre de Marenches, ce grand stratège connu et reconnu, pertinent dans ses lectures politiques, visionnaire dans ses projections géopolitiques, a dit dans les années 80 déjà, parlant du "polisario": "du polisario, il n’en restera un jour aucun, mais on continuera d’en parler". Chacun a aujourd’hui bien en face faits et données pour mesurer à quel point il a vu juste.

Abdelkrim El Mouss (MAP)

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