Palestine : Le spectre de la guerre civile

Les Palestiniens sont descendus par milliers dans les rues de Jenine, en signe de soutien aux groupes armés qui dénoncent la corruption qui sévirait au sein de l’Autorité palestinienne, réclamant des réformes à tous les niveaux. À coup de rafales en l’air, les protestataires ont manifesté leur soutien à Zakaria Zoubeïdi, chef local des Brigades Al-Aqsa. La veille, les locaux du gouverneur, ainsi que ceux des services de renseignements des activistes basés à Jenine ont été incendiés par des activistes appartenant aux Brigades Al-Aqsa.
Les insurgés justifient cet acte en accusant les services de renseignements d’être à la solde d’Israël. De la bouche de Zakaria Zoubeïdi, les services de renseignement «coopèrent avec le Shin Beth afin de liquider les membres des Brigades Al-Aqsa».
Les manifestants, dont le nombre s’élèverait à 5.000, ont scandé des slogans hostiles à l’Autorité palestinienne, menaçant d’éliminer quiconque s’aviserait à lui faire du mal. «Quiconque portera atteinte à Zoubeïdi sera tué. Ceux qui veulent le toucher sont des collaborateurs», scandaient-ils.
À Naplouse, des hommes armés ont interrompu une réunion des responsables du Fatah, en faisant irruption dans le bâtiment où se tenait le rassemblement. En effet, se proclamant fidèles au chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, une vingtaine d’individus, tirant des salves en l’air, ont mis fin à cette réunion à laquelle prenaient part quelque soixante-dix personnes, entre parlementaires et membres du Fatah. La réunion intervenait suite aux manifestations anti-Autorité palestinienne, accusée de corruption et au sein de laquelle les dissensions remontent de plus en plus à la surface. Se proclamant appartenir aux Brigades Al-Awda (Le Retour), les hommes armés ont affiché leur crainte quant à cette réunion, qu’ils croyaient tenir pour comploter contre la personne de Yasser Arafat. «Président Arafat, c’est peut-être votre dernière chance de réformer la situation (…) Nous avons besoin d’une révolution au sein du Fatah», peut-on lire sur une missive adressée au président de l’Autorité palestinienne, de la part des soixante-dix parlementaires et membres du Fatah.
Dans les rues, les signes de colère ne cessent de foisonner depuis la récente nomination par Yasser Arafat de son neveu à la tête des services de sécurité. Acte que le leader palestinien rectifiera par la suite. Les enlèvements, calqués sur les actes similaires qui sévissent en Irak, ont également apporté leur lot d’inquiétudes quant à l’évolution de la situation. Faisant allusion à cette vague de luttes intestines ponctuée d’actes de violences et d’enlèvements, Qaddoura Fares trouve une explication plutôt rationnelle à cette série de bouleversements. «Ce qui s’est passé à Jenine n’a rien à voir avec les incidents à Gaza. C’est lié à la façon dont les Brigades Al-Aqsa ont été traitées et négligées (…) Je pense que cela reflète leur colère face à la situation», a affirmé à l’AFP le ministre sans portefeuille Qaddoura Fares. À la lumière de ces événements sans précédent, les dirigeants palestiniens ont mis en garde contre la détérioration de la situation dans les territoires, qui risque de prendre des tournures désastreuses. «Si le chaos s’étend à la Cisjordanie, nous risquons d’être confrontés à un désastre sans précédent et inacceptable», a affirmé le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï, au journal palestinien «Al Qods», dans une déclaration reprise par l’AFP.
Ces incidents inter-palestiniens sont loin de servir les intérêts d’un peuple qui cherche à se libérer du joug et de la barbarie de l’occupant. De tels scénarios sont à même de ravir le gouvernement israélien, qui doit se frotter d’avance les mains sur l’issue de ce qui se trame. Une éventuelle dégradation de la situation, notamment ce comportement affligeant de s’en prendre à des ressortissants étrangers, conforterait les efforts d’Israël visant à décrédibiliser le peuple de Palestine et sa cause juste.

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