Paranoïa de la presse algérienne

Paranoïa de la presse algérienne

Une certaine presse algérienne chauffe les tambours de la guerre avec du vent. Sans doute en mal d’inspiration et désappointé par les revers successifs du polisario, le journal L’Expression vient de créer la plus mauvaise intox de l’année. Il a lancé une encre noire tellement grosse, si invraisemblable qu’il faut être fou à lier pour y croire. Pourtant. Ce journal a sorti l’artillerie lourde pour faire beaucoup de bruit autour de cette affaire.
Un éditorial, un article mettant en garde les Algériens contre l’achat de leurs terres par les Marocains. «Sommes-nous en face d’une appropriation insidieuse du foncier agricole frontalier par des sujets marocains qui, sous le couvert de prête-noms, sont en train de «marocaniser» des territoires algériens? », s’interroge ce journal. Il ajoute que l’alerte a été donnée par de «nombreux agriculteurs» qui ont constaté «des transferts douteux de propriétés vers des individus qui leur sont inconnus». Le ton est donné. La suite est une diatribe contre ces inconnus, très bien connus du journal. Contre «ces Marocains qui n’hésitent pas à payer le prix fort pour faire ces acquisitions ».
Le «tout-Maghnia» parle d’eux. L’Union des fellahs indépendants algériens aurait même adressé, selon le journal, une lettre au président algérien pour attirer son attention sur les premières étapes d’un plan de grande invasion. Elle a lancé un appel à la mobilisation contre les «fantomatiques colons» venus de l’Ouest.
Le journal donne des détails sur ces riches Marocains qui dépensent leur argent dans l’achat de lopins de terres en Algérie. Ils achètent les services de mystérieux agents qui concluent la transaction à leur place. Le journal estime que c’est un «stratagème » pour garder l’anonymat. N’importe quelle personne sensée sait pourtant que le supposé «prête-nom» devient le propriétaire effectif d’une terre lorsqu’il conclut un achat foncier. Il serait bien naïf de le restituer après à un Marocain. Et quand bien même le voudrait-il, il ne le pourra pas. La loi algérienne interdit de façon formelle aux Marocains de devenir propriétaires de ces terrains.
Le journal le sait, mais il feint la circonspection. Il appréhende le futur. Il va très loin, puisqu’il parle «des individus sans foi ni loi qui auraient vendu des terres algériennes depuis des millénaires à des individus, sujets d’un autre pays». Depuis des millénaires ! L’expression est stupéfiante. Jusque-là, les seules projections dans des millénaires avaient trait à la crainte de la disparition de la terre et à la fabuleuse aventure des hommes dans l’espace. Mais c’était compter sans la clairvoyance de confrères algériens.

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