Paris se maintient en Côte d’Ivoire

Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Hervé Ladsous, a ainsi affirmé mardi à Paris qu’il n’était « absolument pas question » que les soldats français de l’opération « Licorne » quittent l’ancienne colonie française. Cette volonté de Paris de ne pas céder à la pression des extrêmistes a été relayée, le même jour, par l’annonce de l’Elysée du « principe » d’une rencontre à Paris, en décembre, du président Jacques Chirac avec M. Gbagbo. Mais à condition « que la situation se stabilise ». Lundi soir, au moment où des centaines de « patriotes », jeunes partisans de Gbago criaient « dehors les Français » devant la base militaire d’Abidjan, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, avait appelé à « la réconciliation ». « C’est sur ce terrain là que nous voulons nous situer (…) il est important que chacun regarde le meilleur pour la Côte d’Ivoire, c’est bien l’enjeu qui est le nôtre aujourd’hui, c’est bien l’avenir de la Côte d’Ivoire, l’unité et la sécurité des Ivoiriens et de l’ensemble de la région », avait-il ajouté dans un entretien sur une radio. M. De Villepin a, à cette occasion, pris soin de rappeler que le président Gbagbo, rencontré il y a dix jours à Libreville, était toujours en faveur de la réconciliation nationale. « Le président Gbagbo s’est engagé à aller jusqu’au bout du processus de Marcoussis en examinant les textes d’application » de l’accord de réconciliation signé en janvier 2003, a-t-il affirmé. Pourtant, et comme à la suite d’un sommet en janvier 2003 à Paris, c’est après un discours de Gbagbo, le 27 novembre, allant dans le sens de l’accord de Marcoussis, que les « patriotes » avaient laissé exploser leur haine des Français. Une situation d’autant plus ambigüe que MM. Gbagbo et Villepin s’étaient rencontrés à Libreville pour apaiser leurs différents et relancer Marcoussis, bloqué depuis le départ des rebelles du gouvernement de réconciliation. « Les deux hommes ont renoué le contact, le président ivoirien doit faire des annonces à la nation et une visite d’Etat à Paris en décembre n’est pas impossible », indiquait alors à l’AFP, après la rencontre de Libreville, une source proche du dossier. Ce relatif optimisme, dans une situation qui menace de déraper, a été battu en brèche par les manifestations anti-françaises de lundi et mardi, mais aussi par les exigences inédites de soldats ivoiriens demandant, à la télévision, la démission de leur état-major et le départ des Français. A la question de savoir qui anime et nourrit cet extrémisme, les anciens rebelles accusent le président Gbagbo, qui, dans un entretien à la presse française mardi, dit « comprendre ces jeunes gens ». « Personne ne doit se duper, ces machinations et manoeuvres politiques sont bien l’oeuvre du président Gbagbo », affirme ainsi le leader des Forces nouvelles, Guillaume Soro. Pour les experts d' »International crisis group » (ICG), qui relèvent dans un rapport les « menaces de guerre accrues », « Gbagbo et plusieurs membres de son parti se sont empressés de créer des obstacles multiples, et parfois violents », à Marcoussis. « Ils sont arrivés à la conclusion, non sans raison, qu’une application stricte des accords pourrait entraîner leur défaite lors des élections législatives de 2005. Gbagbo a essayé de gagner du temps, profitant des divisions au sein des rebelles, tout en espérant que ces divisions entraîneraient leur éclatement éventuel », indiquent-t-ils. ICG, qui souligne l’affaiblissement des rebelles, conseille à la France « de veiller à ne pas se retrouver compromise dans une logique de collaboration avec une future tentative de la part de Gbagbo de récupération de l’autorité centrale du pays par la force ».

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