Paris : Un projet d’attentat islamiste devant la justice

Les Algériens Nasseredine Mamache, 42 ans, Abderahmane Chenine, 35 ans, son frère Rabieh, 29 ans, Charef Betterki, 33 ans, et un Français d’origine algérienne, Nacim Rebani, 32 ans, tous imberbes sauf le premier, ont répondu avec courtoisie aux interrogatoires d’identité. Certains ont souri ironiquement à la lecture des charges retenues contre eux. La procédure a été ouverte en septembre 2001, juste après les attentats de New York et Washington, après la transmission au parquet antiterroriste d’une note des Renseignements généraux. Cette note signalait une conversation téléphonique entre un émir algérien d’un groupe de guérilla islamiste, le GPS (Gardiens de la prédication salafiste), et Abderahmane Chenine, connu pour ses opinions intégristes. Evoquant la rencontre de football France-Algérie programmée au stade de France de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le 6 octobre 2001, l’émir du GPS déclarait à son correspondant: « il faut faire quelque chose ». Le 5 octobre, les policiers avaient arrêté trois personnes à Saint-Denis et à Sartrouville (Yvelines), puis deux autres en novembre. La présidente du tribunal a lu à l’audience la liste des objets retrouvés lors de perquisitions à Sartrouville, où habitaient les Chenine: un texte en arabe d’Oussama ben Laden, un stylo-pistolet, des centaines de cartouches, un gilet pare-balles, une volumineuse documentation en anglais sur la fabrication d’explosifs et de détonateurs, une dizaine d’ordinateurs et du matériel informatique, des composants électroniques, des faux papiers, des communiqués du GPS algériens, des produits chimiques et des solvants. Les prévenus devaient être interrogés dans la soirée et lors de deux journées prévues pour la fin du procès, mercredi et jeudi prochains. A l’instruction, ils ont déclaré n’avoir eu aucun projet d’attentat et affirmé qu’ils ne s’intéressaient aux explosifs que de façon théorique. L’instruction n’a pas permis d’établir s’ils visaient effectivement le Stade de France. Les incidents qui avaient éclaté lors du match semblent sans rapport avec les faits jugés au tribunal: la Marseillaise avait été sifflée et des supporters algériens avaient provoqué l’interruption de la rencontre en envahissant le terrain peu avant la fin. Abderahmane Chenine et Nacim Rebani ont été condamnés en 2002 à dix ans de réclusion pour « vol à main armée en relation avec une entreprise terroriste », et Nasseredine Mamache à sept ans de prison pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les cinq prévenus, qui comparaissent comme détenus sauf Charef Betterki, libéré sous contrôle judiciaire en avril dernier, ont en commun d’avoir une formation universitaire supérieure, dans les mathématiques, la chimie ou l’électronique. Leurs avocats estiment que le dossier d’accusation est vide de toute charge précise. « C’est l’honneur de la France de lutter contre le terrorisme dans les enceintes judiciaires. Mais si on fait du droit, il faut que ce ne soit que du droit et il faut constater que ce dossier n’est qu’une compilation de vieilles affaires », a dit Me Dominique Beyreuther avant l’audience. Les cinq prévenus, poursuivis pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de terrorisme », encourent jusqu’à dix ans de prison.

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