Pétrole : les prix s’affolent

Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, chef de file de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a annoncé à Riyad que son pays allait porter unilatéralement sa production de 9,5 à 11 mb/j. Officiellement, l’Arabie saoudite dispose d’un quota de production de 8,78 mb/j au sein du cartel.
« L’Arabie saoudite va utiliser les champs d’Abou Saafah et de Qatif et intensifier le forage des puits dans les champs producteurs », a précisé M. al-Nouaïmi. Il s’agit de « contrôler les prix de manière à ce qu’ils ne nuisent pas à la croissance mondiale », a-t-il ajouté. Peu auparavant, à Jakarta, le président de l’Opep Purnomo Yusgiantoro avait reconnu que le cartel, qui fut pendant des années le régulateur du marché pétrolier, « ne pouvait rien faire » pour contenir les cours du brut.
Mardi matin à New York, le baril a brièvement coté 50,47 dollars US, un nouveau record absolu depuis la création du marché pétrolier new-yorkais en 1983. « L’Opep ne peut plus infléchir les prix que de manière limitée (parce que) ses capacités de production excédentaires portent sur du brut «lourd» difficile à raffiner, a estimé Walid Khadouri, de la revue spécialisée Middle East Economic Survey (MEES) publiée à Nicosie. Le marché privilégie le pétrole « léger » (« light oil »), produit notamment par la Libye, l’Algérie et le Nigeria.
« L’Opep ne peut plus réguler grand-chose parce que sa production (de pétrole « léger ») est au taquet », a par ailleurs ajouté Francis Perrin, de la revue française Pétrole et gaz arabes. « Si l’approvisionnement en provenance d’Arabie saoudite devait être perturbé, on entrerait dans une économie de pénurie. Un scénario que personne n’ose envisager », ajoute-t-il.
De l’avis général, la quantité de pétrole en circulation est suffisante pour approvisionner le marché dans l’immédiat, l’Opep représentant quelque 35% de l’offre mondiale. Mais les capacités excédentaires du cartel, sorte de « coussin de sécurité » en cas de perturbation de la production chez l’un d’entre eux, sont au plus bas. Selon des estimations faites par des sources secondaires, cette marge n’a jamais été aussi faible: entre 0,5 et 1,2 mb/j en juillet contre 7 mb/j au début 2002. M. Yusgiantoro a, au contraire, estimé que l’organisation disposait d’une capacité excédentaire de production de 1,5 mb/j jusqu’à la fin de l’année.
Dans son dernier rapport mensuel, le Centre for Globale Energy Studies (CGES) de Londres estime que les cours du pétrole sont, « en grande partie, hors du contrôle » de l’Opep comme de l’industrie pétrolière et qu’ils ne baisseront que si la demande mondiale recule, parce que ni le cartel ni les « majors » ne peuvent en mettre beaucoup plus sur le marché.
L’Opep éprouve des difficultés croissantes à suivre la demande mondiale qui devrait progresser cette année de 3,2%, à 81,4 mb/j, avec une prévision de 83,2 mb/j l’an prochain, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Pour la Chine, dont les importations de brut ont bondi de 30% l’an dernier, l’AIE considère qu’elle absorbera 11 mb/j d’ici à 2025 contre 5,5 mb/j actuellement. Dans ce contexte, le cartel « a peu de marge de manoeuvre », avait récemment estimé le président de l’AIE, Claude Mandil. Pour Deborah White, analyste à la Société Générale à Londres, « la décision des Saoudiens ne constitue pas une surprise ». « Le problème, c’est qu’ils ne disposent plus que de brut «lourd» alors qu’ils pompent déjà à pleine capacité leur pétrole «extra light», a-t-elle ajouté.
Les marchés n’ont d’ailleurs pas réagi à la décision de Riyad. Vers 14H50 (12H50 GMT) à Londres, les cours progressaient de 49 cents, à 46,42 USD, et de 43 cents, à 50,07 USD, en séance électronique à New York.

• Robert Koch (AFP)

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