Prix de la paix en temps de guerre

C’est dans l’Hôtel de ville d’Oslo (Norvège) que le prix du centenaire a été remis à Kofi Annan, en présence du ministre sud-coréen des Affaires étrangères Han Seung-soo, président de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’homme et l’institution se partagent en effet le titre, fondé par Alfred Nobel en 1901, pour leurs efforts en vue d’établir «un monde mieux organisé et plus pacifique». Avant même de recevoir la distinction – une médaille, un diplôme et un chèque de dix millions de couronnes suédoises (953.500 dollars) – le diplomate ghanéen avait déclaré « presque indécent d’accepter un prix pour la paix quand la paix et la sécurité sont toujours déniées par tant de gens dans différentes parties du monde ». Il en a également profité pour exhorter Washington à ne pas étendre le conflit contre le terrorisme à l’Irak après la défaite des Taliban en Afghanistan où, a-t-il jugé, « le monde doit s’atteler à dix années au moins de reconstruction». S’il a été poussé au poste de secrétaire général de l’ONU en 1997 par les Etats-Unis, Kofi Annan a cependant su se démarquer très vite de la tutelle américaine. Homme respecté par les diplomates du monde entier pour avoir « déminé » plusieurs conflits épineux, il repart d’ailleurs en janvier prochain, à 63 ans, pour un second mandat onusien. Interlocuteur accepté aussi bien par les Chinois que les Américains, les Arabes que les Israéliens, il a contribué durant son premier mandat à remettre les Nations Unies au coeur du règlement des conflits, de la lutte contre le terrorisme à celle contre le sida. Avec cependant quelques ombres à son tableau : le conflit du Timor oriental en 1999, la guerre en Sierra Leone en 2000, mais surtout le génocide rwandais qui a fait près d’un million de victimes au printemps 1994. Episode noir qui avait valu à l’ONU de nombreux reproches quant à sa réaction tardive. Membre d’une famille de négociants de l’ethnie fante, Kofi Annan est né à Kumasi (Ghana) le 8 avril 1938. Diplômé d’économie du Macalester College de St Paul du Minnesota, il a ensuite rejoint l’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. En 1962, il intègre alors les Nations Unies comme fonctionnaire d’administration et du budget auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Il gravit ensuite tous les échelons de la maison de verre de Manhattan, jusqu’à briguer un premier mandat de secrétaire général de l’ONU en 1997. Lors de la remise du Prix Nobel ce lundi, les anciens lauréats présents ont pour leur part élaboré une déclaration solennelle appelant à l’élimination des armes de destruction massive, à des contrôles renforcés sur l’armement conventionnel et au respect des droits de l’homme – sociaux, politiques, économiques et culturels.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *