Rabat refuse l’amnésie culturelle

«En refusant une identité fracturée, une identité amputée et sélective qui se transformerait un peu lâchement au gré des vicissitudes du moment », le Maroc sera encore plus riche, encore plus fort. C’est par ces termes que le conseiller de Sa Majesté le Roi, a marqué son intervention durant la conférence organisée récemment à Rabat par le ministère de la Culture autour du thème de la rencontre et de l’échange. Parlant de son expérience et de son propre vécu au Maroc, M. Azoulay a insisté sur les acquis du Maroc pluriel où la cohabitation entre juifs et musulmans se perd à travers de longs siècles de symbiose. « Ensemble nous avons su forger, au fil de temps immémoriaux, une réalité sociale, culturelle et historique qui est devenue une référence positive et parfois exemplaire, dans un environnement où dominent la frilosité et l’exclusion ». Ce sont ces acquis, fondateurs et constitutifs du patrimoine national qu’il faut préserver. Le conseiller royal a émis le voeu de voir cette destinée commune et cette écriture plurielle de notre histoire, mieux connues, mieux enseignées et mieux inscrite dans le déterminisme social, culturel et historique de la majorité des Marocains. Les voies du Maroc prospère sont inscrites dans la pluralité. Le Maroc réussira « parce qu’il aura su résister à toute tentation castratrice de son propre patrimoine et parce qu’il aura réussi là où d’autres ont échoué, en revendiquant et en assumant avec lucidité et fierté la dimension berbère, arabe et judéo musulmane qui a fécondé et imprégné à tout jamais l’être et la culture marocaine ». Le conseiller royal a conclu sur une note optimiste, en évoquant un poème écrit au milieu du XVIII-ème siècle et qui raconte l’histoire d’une colombe qui a inspiré aux Souiris que leur destinée pouvait se façonner et se construire en s’enrichissant de l’écoute et de l’expérience des autres. Ce poème, écrit dans un autre contexte, du temps de la splendeur d’Essaouira est aujourd’hui plus que jamais d’actualité dans une ville qui symbolise la pluralité des civilisations. En fait le vrai défi auquel le monde est confronté aujourd’hui reste celui de la radicalisation des ignorances réciproques et de l’instrumentalisation du repli identitaire, mère de tous les extrémismes. S’impose dès lors la référence au grand grand philosophe grec, Hérodote, qui, il y a vingt-cinq siècles, « nous avait déjà montré le chemin de la raison et de la modernité, en constatant naturellement que c’est par instinct de conservation que l’homme avait fait le choix de la vie contre la fascination morbide de la confrontation, que c’est aussi naturellement que l’humanité était sortie des ténèbres de l’obscurantisme en privilégiant l’acceptation et l’écoute de l’autre, après que les lumières de la connaissance se ont été imposées sur les misères et la décadence de l’ignorance ». D’où cette interrogation légitime, à savoir «si nous sommes incapables de faire aussi bien que nos lointains ancêtres». La confrontation des civilisations n’est pas une fatalité a conclu M.Azoulay devant un parterre de personnalités étrangères qui ont choisi Rabat pour dire qu’elles n’étaient pas amnésiques et pour nous faire partager leur lecture de la raison, de la responsabilité et de la lucidité s’agissant de l’histoire, de la religion ou des relations humaines en général.

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