Riyad : Le diktat américain

Des firmes occidentales, excédées par le blocage des négociations avec l’Arabie saoudite sur des projets gaziers de plusieurs milliards de dollars, mettent la pression pour obtenir le départ du ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi, selon des sources proches du dossier.
Des compagnies pétrolières américaines, estimant qu’elles ne pouvaient obtenir aucune concession du ministre saoudien, ont dès le début de 2002 dénoncé publiquement son intransigeance dans les négociations pour l’ouverture de l’amont gazier saoudien.
Des analystes proches des majors américains ont même confié en privé que la conclusion d’un accord sur les projets gaziers se ferait avec le successeur d’al-Nouaïmi, dont le remplacement a été promis par la famille royale saoudienne.
Les négociations butent notamment sur « la définition de la composante amont » des projets et le taux de rentabilité des compagnies. Le Financial Times a annoncé lundi le prochain départ du ministre saoudien, à l’occasion d’un remaniement ministériel, en citant des sources industrielles. Selon le journal, les remaniements ministériels en Arabie saoudite ont lieu tous les quatre ans et les ministres sont traditionnellement reconduits dans leurs fonctions une seule fois. M. Nouaïmi arriverait à la fin de son second mandat. M. al-Nouaïmi s’est refusé à tout commentaire, de même que d’autres responsables gouvernementaux saoudiens.
Depuis 1993, un décret donne au roi la possibilité de révoquer tout ministre en exercice deux ans après sa prise de fonction, mais aucune règle ne fixe a priori la durée du mandat d’un ministre. Ainsi le prédécesseur d’Ali al-Nouaïmi, Hicham Nazer, a été titulaire du portefeuille du pétrole pendant neuf ans (de 1986 à 1995). Cheikh Ahmad Zaki al-Yamani a pour sa part battu les records de longétivité en présidant aux affaires du pétrole ppendant près de 24 ans (de 1962 à 1986). Le bulletin pétrolier spécialisé Pétrostratégies a rapporté lundi que le ministre saoudien du Pétrole jouissait de l’appui de sa hiérarchie et du Conseil consultatif saoudien (Majlis Al-Shoura), dans les négociations qu’il mène au sujet de trois projets, baptisés « initiative pour le gaz saoudien ».
Le ministre saoudien, un technicien qui a gravi un à un les échelons de la compagnie nationale Saudi Aramco avant d’accéder à la plus haute responsabilité a été nommé en 1995, avec l’appui du roi Fahd. Sa position est « comprise » par le prince héritier Abdallah ben Abel Aiz, selon Pierre Terzian, directeur du bulletin. Il a indiqué que « certaines sociétés occidentales tablent sur des divergences de vues au sein de l’équipe des négociateurs saoudiens et estiment avoir une meilleure chance d’aboutir à des résultats satisfaisants avec d’autres interlocuteurs ».
Cette attitude n’est toutefois pas partagée par toutes les compagnies participant aux négociations sur les projets gaziers, qui marquent la première ouverture du secteur énergétique du royaume saoudien depuis sa nationalisation, souligne Pétrostratégies. Evaluée à 25 milliards de dollars, « l’initiative pour le gaz saoudien » lancée en juin 2001 prévoit que huit firmes pétrolières occidentales puissent participer à l’exploration puis l’exploitation de réserves de gaz naturel du royaume, dans le cadre d’un partenariat avec la compagnie pétrolière nationale saoudienne Saudi Aramco. Les discussions se poursuivent pour deux des trois projets Core venture (CV): le projet CV1 confié à un consortium dirigé par ExxonMobil, allié à BP Amoco et Phillips Petroleum et CV3 détenu à 40% par Shell, 30% par TotalFinaElf et 30% par Conoco. Les négociations pour le CV2, dirigées également par ExxonMobil, en association avec Occidental et Marathon oil, sont pour l’instant suspendues.

• Nadra Saouli (AFP)

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