Rome s’apprête à des funérailles historiques, le testament du Pape rendu public

Déjà au bord de l’asphyxie, Rome tentait de parachever jeudi les préparatifs des funérailles de Jean Paul II, qui doit être inhumé vendredi matin lors d’une cérémonie grandiose place Saint-Pierre en présence de centaines de milliers de fidèles et des plus hauts dirigeants de la planète. À la veille de cette cérémonie historique, le Vatican a rendu public le testament spirituel de Jean Paul II, dans lequel celui-ci indique notamment s’être interrogé sur une éventuelle démission en 2000. Les autorités italiennes ont annoncé avoir mis sur pied "un service de sécurité sans précédent dans l’Histoire" pour les funérailles de Karol Wojtyla, qui doivent réunir quelque 200 délégations officielles et des centaines de milliers, voire un ou deux millions de fidèles.

40.000 personnes devraient être impliquées dans ce dispositif, dont 10.000 policiers, plus de 20.000 employés municipaux et 10.000 volontaires de la Protection civile. 1.500 personnes et 300 véhicules seront affectés uniquement à la protection des nombreuses personnalités, politiques ou religieuses, qui seront présentes à Rome. La cérémonie religieuse durera trois heures et se déroulera sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Elle sera diffusée en direct par les télévisions du monde entier.

La messe sera célébrée par les cardinaux ainsi que par les patriarches des eglises orientales (rattachées au Vatican). Elle sera présidée par le cardinal allemand Joseph Ratzinger, doyen du collège des cardinaux, qui prononcera l’homélie. Deux écrans géants ont été installés jeudi soir aux extrémités du Circo Massimo, l’hippodrome de l’ancienne Rome, pour permettre à des milliers de pèlerins supplémentaires de suivre la cérémonie. Si le fleuve humain s’est peu à peu tari après la fermeture mercredi soir de l’accès aux files d’attente pour approcher de la dépouille du pape dans la basilique Saint-Pierre, une foule très importante et colorée a encore attendu toute la journée de jeudi devant les portes du Vatican.

Le pont Emanuele II menant à la via della Conciliazione, unique avenue conduisant au Vatican, qui était submergé mercredi par les pèlerins, s’est vidé. Mais les policiers ont dû barrer l’accès aux fidèles les plus tenaces qui voulaient toujours aller saluer la dépouille de Jean Paul II. Face à l’afflux de pèlerins, la protection civile a lancé plusieurs appels demandant de ne plus se rendre au Vatican. En début d’après-midi, le Vatican a rendu public l’intégralité du testament laissé par le pape. Ce document de huit pages, dont l’original a été écrit en polonais, est composé de feuillets rédigés à différentes dates dont le premier au 6 mars 1979.

"Selon les desseins de la providence il m’a été donné de vivre dans le siècle difficile qui vient de se terminer. Il faut se demander si le temps n’est pas venu de répéter avec Siméon de la Bible nunc dimitis" ("Vous pouvez maintenant me congédier"), avait notamment écrit le pape en 2000, l’année du Jubilée.

"J’espère que le Seigneur m’aidera à reconnaître jusqu’à quand je dois continuer ce service auquel il m’a appelé le 16 octobre 1978", avait aussi écrit le premier pape slave de l’Histoire entre le 12 et le 18 mars 2000, selon la version italienne du texte. "Je lui demande (au Seigneur) de vouloir me rappeler quand il le décidera lui-même", poursuivait le chef de l’Eglise catholique. Ce document montre aussi que Jean Paul II avait envisagé en 1982 que ses funérailles se déroulent dans sa terre natale polonaise, avant d’abandonner cette idée en 1985 pour laisser aux cardinaux la décision sur le lieu de sa sépulture. Le pape avait également remercié "la providence divine", grâce à qui "la Guerre froide s’est achevée sans un violent conflit nucléaire".

Karol Wojtyla demandait par ailleurs que ses "notes personnelles soient brûlées" et indiquait qu’il ne laissait "derrière" lui aucun bien matériel: "Quant aux choses d’usage quotidien dont je me sers, je demande de les distribuer comme il apparaîtra opportun".
Outre le président américain George W. Bush, de nombreux dirigeants assisteront aux obsèques, parmi lesquels le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le Premier ministre britannique Tony Blair et le président français Jacques Chirac, mais aussi les présidents israélien Moshé Katsav et iranien Mohammad Khatami. La Chine, un des seuls pays que Jean Paul II n’avait pu visiter durant son pontificat en raison des mauvaises relations entre Pékin et le Vatican, n’enverra en revanche pas de délégation à Rome.

Patrick Crampont    

AFP    
 

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