Russie : le puissant maire de Moscou nargue le Kremlin de Medvedev

Russie : le puissant maire de Moscou nargue le Kremlin de Medvedev

La bravade du puissant maire de Moscou Iouri Loujkov, qui a répondu vertement à une campagne médiatique et aux critiques émises à son encontre par le Kremlin, marque selon les analystes les limites du pouvoir du président Medvedev face à un poids lourd de la politique russe. Mis en cause à plusieurs reprises ces dernières semaines dans les médias par des «sources» au Kremlin, pris pour cible par une avalanche de reportages incendiaires sur les chaînes de télévision nationales, raillé avec une ironie féroce par Dmitri Medvedev, M. Loujkov, tout-puissant dans sa ville depuis 18 ans, est toujours là. «Si Loujkov reste en place, ce sera un coup douloureux porté à la réputation de Medvedev. Comment pourra-t-il ensuite exiger des gouverneurs et des fonctionnaires qu’ils exécutent ses ordres ?», soulignait mercredi le journal Vedomosti, citant le politologue Evgueni Mintchenko. (…). Russie Unie est le parti ultra-majoritaire qui domine toutes les instances du pouvoir en Russie, avec notamment la majorité des deux tiers à la Douma (chambre basse du Parlement). Son président n’est autre que Vladimir Poutine, l’homme fort du pays, qui a propulsé en 2008 son protégé Dmitri Medvedev au Kremlin, se contentant pour sa part du poste de Premier ministre après avoir effectué depuis 2000 les deux mandats présidentiels consécutifs autorisés par la Constitution russe. C’est «pratiquement une déclaration de guerre», a estimé une source au Kremlin citée par le site d’information en ligne gazeta.ru. «Loujkov a jeté sur la table son principal atout : sans moi vous n’aurez pas la majorité à Moscou. On ne le lui pardonnera pas», a ajouté cette source. L’enjeu : le pouvoir dans la capitale russe, où se fait et se défait la politique du pays, et où convergent les gigantesques flux financiers de la manne pétrolière. Le mandat de M. Loujkov expire l’année prochaine, et l’élection présidentielle, à l’occasion de laquelle M. Poutine n’exclut manifestement pas de revenir au Kremlin, est à l’agenda pour 2012. Après avoir supprimé en 2004 l’élection des gouverneurs –le maire de Moscou en est un– pour se réserver le droit de les nommer et de les défaire, le Kremlin a entrepris dernièrement d’évincer les derniers poids lourds de la scène politique, comme le président du Tatarstan Mintimir Chaïmiev. M. Loujkov est le dernier sur la liste, mais pas le moindre. Vladislav Sourkov, un conseiller du Kremlin considéré comme un des principaux idéologues de la politique russe, a récemment affirmé qu’un gouverneur ne pouvait rester en place à plus de 70 ans. Cette déclaration a été suivie par plusieurs émissions télévisées accusant notamment M. Loujkov d’avoir mis la capitale russe en coupe réglée avec sa femme, la milliardaire Elena Batourina. (…)Médias et analystes soulignent que le Kremlin ne peut déposer le maire de Moscou sans l’aval de Vladimir Poutine. Et supposent que l’ex-agent du KGB, jusqu’à présent silencieux, suit son propre agenda dans cette affaire. «Poutine montre qu’il n’est pas impliqué, mais il pourrait apparaître comme un arbitre, offrant un compromis» au puissant maire en échange de son soutien aux prochaines échéances électorales, estime le politologue Mikhaïl Vinogradov.

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