Said Elakhal : «L’alliance avec le PJD est une opportunité historique pour la Koutla»

ALM : L’alliance du PJD avec la Koutla est-elle attendue ?
Said Elakhal : L’alliance avec le PJD est une opportunité historique pour la Koutla pour deux raisons. La première est que le PJD et la Koutla partagent les mêmes slogans appelant au changement, à la lutte contre la corruption et aux réformes politiques et économiques. Les partis de la Koutla pourront se retrouver dans le programme du PJD.
C’est pour eux une occasion de redorer leur blason, de renouer avec leurs bases et de réaliser toutes les réformes qu’ils ont échouées à appliquer durant leurs mandats pour diverses raisons : leurs prérogatives limitées, le souci d’une partie de leurs membres d’être ministrables, leur incapacité à affronter les poches de résistance…
La deuxième raison pour une alliance avec le PJD est que les partis de la Koutla bénéficient d’une légitimité et une crédibilité historiques et n’ont pas été créés par l’administration. Autant que le PJD, mais à des degrés différents aujourd’hui, ils puisent directement leur légitimité des urnes.

Et si ces partis cèdent à l’appel d’une partie de leurs militants qui veulent l’opposition ?
Si les partis de la Koutla optent pour l’opposition ce sera désastreux pour eux. Parce qu’ils critiqueront le programme d’un parti pour lequel le peuple a voté, un programme de réforme qu’ils ont eux-mêmes eu du mal à appliquer en trois mandats. Ce sera une opposition stérile et formelle.

Comment trouvez-vous les conditions dans lesquelles le PJD accèdera au pouvoir ?
Le PJD n’aspire pas à gouverner pour accéder à des postes. S’inspirant de l’expérience turque, il doit garantir le succès de l’expérience des islamistes au pouvoir. C’est un défi qu’il entend relever. C’est une responsabilité nationale historique devant le peuple mais aussi sur le plan international. Dans le contexte historique et social que connaît le Maroc, il n’est dans de l’intérêt d’aucune composante du pays à ce que l’expérience PJD échoue. Parce que nous sommes à la croisée des chemins, soit c’est le décollage du pays, soit ce sera l’échec et du coup l’exaspération des tensions. Le chaos qu’ont vécu la Tunisie, l’Égypte et la Libye illustre cela. Le PJD dispose de plusieurs conditions favorables pour l’exercice de son pouvoir : une nouvelle Constitution, la volonté du Roi et du peuple de changement, une mobilisation générale de la rue marquée par le 20 février. C’est aussi un parti qui ne va pas rester impuissant et muet devant la résistance de quelconque lobby au changement.

Comment le PJD appréhendera-t-il les grands défis auxquels le Maroc est confronté?
Le PJD est un parti qui croit en la possibilité d’opérer le changement à partir des institutions. Il hérite de la situation d’un pays aux ressources limitées et ayant des problèmes accumulés depuis des décennies. On ne peut pas s’attendre à un miracle. Et les Marocains en sont conscients. Mais il faut agir sur les facteurs dont ils pourront sentir l’impact et le changement dans leur vie quotidienne, notamment au niveau des administrations, tribunaux, hôpitaux, la police et les autorités… La corruption doit disparaître, la dignité et l’égalité doivent être la règle. Il faut aussi accélérer la procédure de jugement des gens impliqués dans les grandes affaires de fraude. Tout le monde doit devenir égal devant la justice. Aussi il faut qu’ils bannissent toutes les formes de dilapidation de deniers publics, notamment au niveau de la gestion des ministères. Ce genre de mesures ne nécessite pas un grand budget et beaucoup de temps mais donne des signaux forts au peuple et révèle les prémices d’une volonté de réforme.

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