SCHWARZENEGGER s’empare de la Californie

L’Etat le plus riche et le plus peuplé a choisi l’acteur républicain de 56 ans pour remplacer le démocrate Gray Davis, 60 ans, chassé du pouvoir pour avoir plongé le « Golden State » dans un déficit record, au cours d’une procédure de destitution rarissime visant un gouverneur, la deuxième depuis 1921. « Je suis arrivé dans cet Etat sans rien. Tout ce que j’ai aujourd’hui, je le dois à la Californie. Et maintenant, c’est à moi de vous rendre la pareille », a déclaré l’acteur, un Autrichien de naissance arrivé aux Etats-Unis en 1968. Il a promis de « représenter tout le monde » et d’être « le gouverneur du peuple ». « Ensemble, nous allons faire de grandes choses et faire de cet Etat le plus grand du monde ». « Je ne vous laisserai pas tomber et je réussirai dans ma mission. Je serai le gouverneur du peuple », a-t-il lancé mardi soir, suscitant un tonnerre d’applaudissements. Arnold Schwarzenegger, qui va devoir composer avec un Congrès à majorité démocrate pour s’atteler à la remise à flot de l’économie californienne, est resté jusqu’ici plutôt flou sur la méthode qu’il compte employer pour résorber les quelque 38 milliards de dollars de déficit accumulé. La super-star a été élue avec 48% des suffrages contre 32,3% des voix à son principal rival, le vice-gouverneur démocrate Cruz Bustamante, selon les derniers chiffres portant sur 97,9% des suffrages. Le républicain conservateur Tom McClintock est arrivé en 3e position avec 13,3% des suffrages. La commission électorale californienne a jusqu’au 15 novembre pour certifier le vote, et la prise de fonctions du nouveau gouverneur à Sacramento, la capitale de l’Etat, interviendra dans les 10 jours suivants. Plus de 15 millions d’électeurs étaient appelés à se prononcer sur la destitution de Gray Davis, gouverneur depuis 1998 réélu il y a un an, et sur son remplacement par l’un des 135 candidats se disputant son poste. Parmi eux, figuraient des personnages aussi hauts en couleurs que le pornographe Larry Flynt ou la reine du cinéma X, l’actrice Mary Carey. La presse américaine a salué la victoire « sensationnelle » de l’acteur, estimant toutefois que les difficultés allaient vraiment commencer. « Schwarzenegger a remporté une victoire extraordinaire », a commenté le New York Times, tandis que le Washington Post estimait que « les défis qui attendent Schwarzenegger ne peuvent pas être plus grands ». C’est une « claque (..) aux politiciens de Californie », relevait de son côté le Los Angeles Times. La Californie est l’Etat américain qui désigne le plus grand nombre de grands électeurs chargés d’élire le président des Etats-Unis et, à ce titre, revêt une grande importance dans la perspective de l’élection présidentielle de novembre 2004. Le président George W. Bush a déclaré qu’il travaillerait avec l’acteur si celui-ci était élu. Le comté de San Francisco, bastion de la gauche radicale et contestataire américaine, a voté à contre-courant du reste de la Californie. Selon des chiffres portant sur 99,3% des votants, 80% des électeurs de San Francisco ont voté contre la destitution de Gray Davis. L’élection de Schwarzenegger va faire de de lui le deuxième acteur à prendre la direction de la Californie après Ronald Reagan, élu à cette fonction en 1967 avant d’entrer à la Maison Blanche en 1980. « Ce soir nous faisons la fête, mais demain, un difficile travail nous attend », a lancé l’ancien « Monsieur Univers » sourire aux lèvres, sous une pluie de confettis et alors que le champagne était débouché dans l’hôtel Century Plaza de Los Angeles où M. Reagan célébra son élection à la présidence. « Je remercie le peuple de Californie pour la confiance qu’il m’a accordée », a ajouté l’acteur avec à ses côtés sa femme Maria Shriver, membre de la famille Kennedy, rayonnante dans une robe blanche. « Je sais combien de voix je lui dois », a-t-il dit en la remerciant de son soutien indéfectible après la médiatisation d’allégations d’une quinzaine de femmes l’accusant de harcèlement sexuel. Il s’est excusé « sincèrement » pour ces faits en partie confirmés. Les Autrichiens ont appris, ravis, mercredi à leur réveil par les radios et les télévisions l’élection de « leur » Arnold. La ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner, a invité l’acteur à se rendre en visite officielle en Autriche. « La démocratie américaine a une capacité de rebond » car « quelqu’un qui était un étranger dans son pays, qui a un nom imprononçable et qui pourrait devenir le gouverneur du plus grand Etat des Etats-Unis, ce n’est pas rien », a relevé de son côté le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy.

Patrick Anidjar (AFP)

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