octobre 23, 2018

 

Selon les Finances, le pays s’enfonce dans les inégalités!!

Selon les Finances, le pays s’enfonce dans les inégalités!!

Un rapport de la DEPF pointe du doigt les problématiques liées à l’éducation, la santé et l’emploi

Après le CESE, c’est au tour du ministère de l’économie et des finances de pointer du doigt les inégalités sociales. Dans ce sens, un rapport pour le moins accablant vient d’être publié par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relevant du même ministère. Dans les détails, le document de la DEPF indique que «les avancées encourageantes enregistrées par le Maroc n’ont pas permis d’endiguer de manière significative les inégalités sociales qui continuent d’afficher une résistance à la baisse». La même source précise que «le diagnostic de la situation des inégalités au Maroc a permis de relever, en particulier, l’existence de trois sources principales qui alimentent le creusement des inégalités sociales au Maroc. Il s’agit, en l’occurrence, de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Les insuffisances relevées au niveau de ces domaines affectent les conditions de départ des individus et partant leur aptitude à réussir leur mobilité sociale. Ce sont donc trois secteurs névralgiques sur lesquels une action vigoureuse devrait être déployée en vue d’infléchir positivement la situation actuelle».

Selon les auteurs de l’étude, l’éducation reste l’une des sources importantes d’inégalités. «Malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics au cours des dernières années, le système éducatif demeure marqué par de fortes inégalités», explique t-on. Et d’ajouter : «Les inégalités éducatives sont également perceptibles à travers les dépenses publiques allouées à l’éducation par classe de niveau de vie. En particulier, les dépenses publiques destinées au cycle de l’enseignement secondaire et supérieur profitent davantage aux couches sociales aisées puisque 29% des personnes scolarisées dans ce cycle appartiennent aux 20% des ménages les plus aisés contre 10% pour les 20% les moins aisés». La santé est également pointée du doigt par l’étude. «Pour ce qui est de l’accès à la santé, des disparités importantes persistent, comme en témoignent quelques indicateurs clés issus de l’enquête nationale sur la population et la santé familiale 2011: le taux de mortalité infantile s’établit à 33,9 pour 1.000 naissances vivantes pour les enfants issus des ménages pauvres alors qu’il n’est que de 18,7 pour 1.000 naissances vivantes pour ceux relevant des ménages aisés».

De même et «en dépit de la mise en place du dispositif Ramed, les inégalités d’accès aux soins persistent, vu que ce dispositif est entravé par une offre sanitaire faible aussi bien au niveau national que régional. Cette offre se trouve contrainte, également, par l’effectif réduit du personnel médical et l’insuffisance de l’infrastructure dédiée à la santé». S’agissant de l’emploi, l’étude de la DEPF relève l’importance des inégalités de genre et par tranche d’âge. «Dans le domaine de l’emploi, des inégalités importantes sont à relever en termes d’accès des femmes au marché du travail. Le taux d’activité des femmes est largement inférieur à celui des hommes, situation qui a peu changé depuis plus d’une décennie : 23,6% en 2016 (27,9% en 2005) contre 70,8% pour les hommes (76,2%). Celles qui sont actives sont plus touchées par le chômage : 10,9% en 2015 contre 8,9% pour les hommes», précise la même source. Et de conclure : «Les inégalités sont également perceptibles lorsqu’on analyse les taux de chômage par niveau d’instruction et par tranche d’âge. En effet, le taux de chômage est nettement plus élevé chez les diplômés dont notamment les jeunes. Le taux de chômage des détenteurs de diplôme moyen et supérieur s’établit respectivement à 22 et 14,1% en 2016 contre seulement 3,7% pour les sans diplômes».

Recommandations

Les auteurs de l’étude de la DEPF identifient plusieurs leviers prioritaires de politiques publiques. «Ces leviers puisent leur fondement dans les résultats du diagnostic de l’état des inégalités au Maroc et des enseignements déduits à partir des expériences pertinentes de certains pays en la matière», explique la même source. Il s’agit notamment d’accélérer le processus de transformation structurelle de l’économie marocaine mais également de «s’attaquer vigoureusement aux inégalités de chance et de capacités».

Selon la DEPF, «la protection et l’éducation de la petite enfance seraient nécessaires pour développer leurs capacités aussi bien sur les plans physique et mental que social et affectif. Le lancement du programme national de généralisation et de développement du préscolaire est une action édifiante dans ce sens». Ce n’est pas tout. Il est question, en outre, de renforcer la cohérence des dispositifs sociaux pour maximiser les retombées de l’action sociale de l’Etat. «Non moins important, l’efficacité des politiques et programmes sociaux promus par l’Etat pose avec acuité la question de leur soutenabilité financière à moyen et long termes au même titre que leur gouvernance. A ce titre, une réflexion profonde devrait être engagée pour prospecter les meilleures voies possibles à même d’assurer un financement optimal du Fonds d’appui à la cohésion sociale», conclut la même source.

Benchmark

Selon le rapport de la DEPF, l’analyse de la situation des inégalités au Maroc comparativement à un échantillon composé de 11 pays révèle que notre pays occupe une position relativement favorable. Avec un indice de Gini de 0.395, le Maroc se situe juste après la Tunisie (0,358) et la Jordanie (0,337). L’Egypte est le pays le plus égalitaire de l’échantillon puisque son indice de Gini ressort à 0,318. A l’autre extrême, le Brésil est le pays le plus inégalitaire de l’échantillon avec une valeur de l’indice de Gini de l’ordre de 0,513, devancé par le Mexique (0,482), le Chili (0,477), la Malaisie (0,463) et l’Argentine (0,427). Quant à l’indice de Gini de l’éducation, le Maroc (0,555) se situe en dernière position, loin derrière l’Egypte (0,374), la Tunisie (0,36) et la Turquie (0,28) avec une valeur de l’indice de Gini éducation nettement supérieur à la moyenne de l’échantillon. Les contre-performances du Maroc en matière d’éducation sont perceptibles également au niveau de la durée moyenne de scolarisation (DMS), qui se situe à 5 ans seulement contre une moyenne de l’échantillon s’élevant à 8,4 ans.

Les problèmes liés à la déperdition scolaire, surtout au niveau du secondaire, constituent le principal facteur explicatif de cette contre-performance. Concernant l’indice de Palma qui mesure la part des 10% les plus riches de la population par rapport au 40% les plus pauvres dans le revenu national, le Maroc affiche une valeur de 1,9, se classant à la 3ème position dans l’échantillon juste après l’Indonésie (1,8) et la Tunisie (1,5) et au même niveau que la Turquie. Cette position est conforme à celle en termes d’indice de Gini. Les pays qui affichent les ratios les plus élevés sont le Brésil avec une valeur de l’indice de 3,5, précédé par le Chili (3,2) et par le Mexique (2,9).

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