Solidarité : «Ne fais pas du bien…»

Un acte de bienfaisance peut-il devenir une source de nuisance ? Selon un fameux proverbe marocain, oui. «Ne fais pas de bien et il ne t’arrivera rien de mal», dit-on. Mais, évidemment, un tel dicton est à bannir de notre culture vu qu’il fait partie d’une «fausse sagesse» qui ne fait que tirer vers le bas toute une nation en cultivant la culture du défaitisme et du nihilisme.
Mais, parfois, le hasard fait en sorte que, dans des cas particuliers, les conseils donnés par ce genre de proverbes confirment leur intérêt.
C’est le cas, dans ce qui est en train de devenir «l’affaire Douar Sekouila». En résumé, il s’agit d’un don qu’un émir saoudien aurait généreusement offert aux habitants de ce douar après avoir constaté de visu les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent. Ce don atterrit, apparemment, chez l’autorité locale, le caïd de la circonscription en l’occurrence qui se serait chargé, en compagnie des auxiliaires d’autorité, de la répartition du gros lot entre les habitants. Pourquoi, on a tout écrit au conditionnel, se demandera certainement le lecteur. Et bien, tout simplement, parce que tout est flou dans cette histoire et personne n’y voit clair. Pire : aucune partie concernée n’a daigné prendre la parole et expliquer ce qui s’est réellement passé. On passe tout sous silence. Un silence qui peut s’avérer très dangereux dans ce genre d’affaires. Et c’est ce qui s’est passé.
L’information circule parmi les habitants. Elle est amplifiée. Le petit don devient grand. Ce qui concernait une partie du douar devient une affaire de toute une région et finit par concerner tous les habitants de la préfecture en question. Cela commence par des manifestations spontanées devant le caïdat, puis devant le pachalik et, finit par prendre une dimension de plus en plus difficile à maîtriser. 
Les gens commencent à s’organiser, la foule s’agrandit et l’on risque de se retrouver avec une nouvelle association dite «L’association des victimes de la mauvaise distribution du don saoudien». Ses membres, après avoir manifesté devant le pachalik, la préfecture, la wilaya, ils finiront par aller faire un sit-in devant le Parlement. Tout cela, à cause de deux choses.
D’abord, le don aurait dû être remis à une institution spécialisée comme la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Cette institution sait donner la suite qu’il faut pour en faire profiter la population d’une manière scientifique. Il aurait pu aussi être remis à l’autorité chargée de la mise en œuvre du programme de l’INDH au niveau de la préfecture en question. Organiser par la loi ce genre d’opérations s’avère donc aujourd’hui un chantier prioritaire. Deuxièmement, l’autorité locale concernée aurait dû gérer d’une manière transparente cette affaire. Or, il se trouve que personne n’a encore pris l’initiative de dire à l’opinion publique ce qui s’est réellement passé. On ne connaît, ni le montant ni la nature du don ni le nombre des bénéficiaires ni les suites données à l’affaire par les supérieurs hiérarchiques du caïd. En attendant, chaque jour, la foule tente de marcher sur le pachalik, les forces de l’ordre tentent de l’en empêcher et la rumeur, elle, elle enfle, enfle et enfle…

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