Tous contre le terrorisme

Profondément ébranlés par le carnage qui a fait jeudi 200 morts et quelque 1.500 blessés au coeur d’une grande capitale de l’UE, les Européens multiplient les initiatives. Lundi, l’Europe s’est figée pour trois minutes de silence à 11h00 GMT en mémoire des victimes du massacre, à l’initiative du Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, président en exercice de l’Union européenne.
L’Allemagne a demandé que les ministres européens de l’Intérieur se réunissent d’urgence et la France a proposé lundi une réunion exceptionnelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE. Quant au président de la Commission européenne, Romano Prodi, il a appelé les dirigeants de l’UE à s’entendre sur un plan d’action antiterroriste « vraiment concret » lors de leur prochain sommet à Bruxelles, les 25 et 26 mars.
Au-delà de l’Europe, le caractère planétaire de la menace a été souligné par la découverte lundi d’une voiture remplie d’explosifs devant le consulat des Etats-Unis à Karachi (sud du Pakistan), deux jours avant une visite au Pakistan du secrétaire d’Etat américain Colin Powell. La victoire électorale des socialistes espagnols, attribuée à un retournement de l’opinion espagnole après les attentats de jeudi, a eu des implications immédiates sur la scène internationale. Dans une de ses premières déclarations, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, qui devrait diriger le prochain gouvernement espagnol, a annoncé le retour probable dans leur pays des soldats espagnols déployés en Irak aux côtés des Etats-Unis. « La guerre d’Irak a été un désastre. L’occupation est un désastre », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Les guerres comme celle d’Irak ne font que faire proliférer la haine, la violence et la terreur ». Dans la foulée, il s’en est pris au président américain George W. Bush et au Premier ministre britannique, Tony Blair, qui, selon lui, « vont devoir faire leur autocritique ».
A l’issue d’un scrutin marqué par une participation massive, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a remporté 42,64% des suffrages contre 37,64% au Parti Populaire (PP, droite) du chef de gouvernement sortant José Maria Aznar. Celui-ci avait engagé son pays en Irak contre l’avis de la majorité de la population. Mais, selon les analystes, les Espagnols lui en ont surtout voulu d’avoir persisté à attribuer le carnage de Madrid à l’ETA malgré les démentis de l’organisation séparatiste basque et les éléments convergents concernant la piste islamiste. Or, l’implication d’Al-Qaïda ne fait plus guère de doute. Elle a été renforcée par une nouvelle revendication samedi dans une vidéo, et trois Marocains et deux Indiens ont été arrêtés à Madrid dans le cadre de l’enquête. Le nom de l’un d’eux, Jamal Zougam, est cité à deux reprises dans l’ordonnance du juge espagnol Baltasar Garzon inculpant Oussama Ben Laden et 34 autres personnes en relation avec les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Les attentats de Madrid ont conduit à un renforcement général des mesures de sécurité un peu partout dans le monde, où l’inquiétude est particulièrement vive dans les pays qui, à l’instar de l’Espagne, ont envoyé des soldats en Irak. Parmi eux, le Portugal qui a pris dimanche des mesures visant à renforcer son dispositif de sécurité. En Italie, le président Carlo Azeglio Ciampi a demandé lundi à l’UE de « renforcer sa cohésion » institutionnelle face aux « terroristes forcenés ».
Le Premier ministre australien, John Howard, qui soutient lui aussi la politique américaine en Irak, a convoqué d’urgence lundi les responsables de la police et des services secrets pour faire un point sur la sécurité dans les transports.
Quant à la Grande-Bretagne, qui reste le plus fidèle soutien de George W. Bush, elle estime qu’aucun pays ne doit se sentir à l’abri. « L’idée selon laquelle, il y a, d’une certaine manière, un certificat d’exemption dans cette guerre contre le terrorisme est une absurdité totale », a assuré le chef de la diplomatie Jack Straw. Mais, pour Romano Prodi, les attentats de Madrid montrent que le bilan de la guerre en Irak est « négatif », car le « terrorisme est infiniment plus puissant aujourd’hui qu’il y a un an ».

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