Turquie : Non au déploiement militaire américain

Des députés turcs ont appelé mardi à l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les déploiements américains en cours dans le pays, estimant qu’ils étaient directement liés à un effort de guerre contre l’Irak.
Le 6 février, le parlement avait accepté le déploiement de quelque 3.500 spécialistes américains du génie pour aider à la modernisation de ports et d’aéroports susceptibles d’être utilisés en cas de guerre en Irak. Mais les députés ont rejeté, le 1er mars, une motion du gouvernement appelant à autoriser 62.000 fantassins américains à débarquer en Turquie pour y établir une tête de pont en vue d’une éventuelle invasion du nord de l’Irak.
Encouragés par les promesses du gouvernement, turc d’un nouveau vote sur la question, les Etats-Unis poursuivent néanmoins leurs débarquements de matériels militaires, notamment dans le port d’Iskenderun (sud du pays), tandis que des convois de 30 à 40 semi-remorques, chargés de véhicules militaires, prennent chaque jour la direction de bases dans l’est du pays. « La Turquie n’est pas une République bananière, » s’est exclamé mardi Deniz Baykal, le dirigeant du principal parti d’opposition au parlement, le Parti républicain du peuple (CHP). « Nous allons soumettre au parlement une demande d’enquête parlementaire » pour éclaircir cette affaire, a-t-il ajouté.
Le président du parlement, Bulent Arinc, un membre du parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir, s’était lui aussi déclaré irrité dimanche par ce qu’il a qualifié de déploiement « de facto ».
« Les images que l’on voit à la télévision me dérangent beaucoup », avait affirmé M. Arinc, ajoutant: « Ils me hérissent le poil ».
M. Arinc, qui n’a jamais caché son opposition à une opération militaire, avait suggéré aux députés, s’ils avaient des « inquiétudes », de mettre en place les « mécanismes de contrôle » parlementaire. Selon l’ambassade des États-Unis à Ankara, les déploiements en cours n’ont rien à voir avec les préparations pour une opération terrestre.
« Il ne s’agit pas de troupes de combats, mais de personnels et d’équipements militaires déployés conformément à la décision du Parlement turc. Les détails du déploiement ont fait l’objet d’un accord entre nos gouvernements », selon un porte-parole de l’ambassade.
Les convois militaires, outre des engins de travaux publics, comprennent de nombreux camions, jeeps et ambulances.
Le CHP estime que l’opposition du parlement à l’envoi de larges forces combattantes américaines rend caduque l’autorisation liée au premier envoi de spécialistes du génie.
« Le pays est transformé en théâtre pour des préparatifs de guerre (…) Des nouvelles bases logistiques sont établies, des ports, des bases et différentes facilités sont loués à des étrangers », affirme pour sa part le CHP pour qui: « Le parlement n’a jamais approuvé de telles activités ». Selon la chaîne de télévision NTV, neuf bases sont en cours d’établissement dans le sud-est du pays pour accueillir les soldats américains et leur soutien logistique.
« Il ne se passe rien de contraire aux accords », a affirmé pour sa part le Premier ministre, Abdullah Gul. « Aucune force combattante n’est entrée en Turquie et aucune force combattante n’est passée de Turquie en Irak », a affirmé M. Gul mardi au cours d’une conférence de presse. De nombreuses rumeurs font état du passage dans le nord de l’Irak, non seulement de soldats turcs, mais d’Américains, en tenue civile, à bord de 4×4 immatriculés en Turquie. Les préparatifs militaires américains provoquent également des tensions dans le pays. A Iskenderun, par exemple, où quelque 800 soldats américains auraient pris pied, des policiers turcs ont désarmé des Américains qui s’apprêtaient à quitter le port. Et la presse a affirmé qu’à Mersin (sud), les autorités avaient interdit le déchargement d’un navire civil, arrivé avec du matériel militaire.

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