Une marche et des questions

Finalement, la marche organisée hier à Rabat contre la guerre en Irak n’a pas été « aussi spectaculaire et historique que celle organisée en 1991 à Rabat lors de la guerre du Golfe » comme l’espérait le coordinateur du Comité national de soutien à l’Irak, Mohamed Lakhsassi. La manifestation n’a même pas atteint les cinquante mille manifestants, selon un décompte AFP, alors qu’en 1991, plus d’un million de Marocains avaient marché dans les rues de Rabat contre la deuxième guerre du Golfe.
Douze ans plus tard, les organisateurs qui pariaient sur autant de manifestants se sont heurtés à une nouvelle réalité : les Marocains n’ont pas été nombreux à descendre dans les rues de Rabat ce dimanche. Par ailleurs, elle s’est déroulée en toute responsabilité et n’a aucunement été utilisée comme une occasion pour des règlements de comptes entre les formations politiques.
Certains groupements politiques ont, certes, profité de l’occasion pour faire preuve de leur capacité de mobilisation en lançant un message de force aux autres, mais il n’a nullement été question d’affrontements entre les différentes composantes politiques ayant appelé à son organisation. Ainsi, une grande présence des tendances islamistes a été notée lors du défilement des masses notamment le Parti de la Justice et du Développement (PJD) dont les militants ont pu s’imposer et se faire remarquer lors de la manifestation. À noter que cette formation islamiste ne fait pas partie du Comité national marocain de soutien à l’Irak. Sa participation a donc été coordonnée de l’extérieur de cette plate-forme.
Rappelons que le Comité national marocain de soutien à l’Irak a été créé en 1991, juste après la marche de Rabat. Cette instance est composée de dix organisations.
Il s’agit de six partis politiques, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), le Parti de l’Istiqlal (PI), le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), l’Organisation de l’Avant-garde Démocratique et Populaire (actuellement Gauche Socialiste Unifiée), l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP) et le Parti Socialiste Démocratique (PSD), ainsi que quatre centrales syndicales (CDT, UMT, UGTM et SNE-Sup).
Pour ce qui est du mouvement islamiste d’Al Adl Wal Ihssane, dirigé par Abdessalam Yassine, il n’a pas participé à la manifestation de Rabat. Certains observateurs affirment que cette association préfère participer à la prochaine marche prévue à Casablanca.
Les adeptes de Yassine auraient vraisemblablement préféré ne « jouer » qu’en deuxième mi-temps afin de montrer que leur force de mobilisation est la plus forte comme ils le prétendent. D’ailleurs, ils ont toujours affirmé que les grandes marches n’ont réussi, en nombre de participants, que grâce à leur appel à la mobilisation. Démonstration de force ou pas. La décision de ne pas appeler leurs militants à participer à une marche qui est censée être de tous les Marocains est une manière de prouver, si besoin en est, que le mouvement d’Al Adl Wal Ihssane est plus tourné vers des intérêts politiques que vers la cause dont il fait un cheval de bataille à chaque fois qu’il en a l’occasion.

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