Yémen : Saleh affaibli mais loin d’être évincé

Yémen : Saleh affaibli mais loin d’être évincé

Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a perdu d’importants appuis dans son pays, mais cet allié crucial des Etats-Unis dans la péninsule arabique peut encore survivre à la pression de ses opposants, assurent des analystes. Au pouvoir depuis 32 ans, il est confronté à des manifestations quotidiennes qui exigent son départ, à Sanaa, Aden et dans d’autres villes de ce pays pauvre de quelque 24 millions d’habitants. «C’est clair que sa situation est mauvaise», estime Christopher Boucek, un analyste du Carnegie Middle East Program, alors que de nouvelles violences entre rebelles chiites et forces de l’ordre ont fait quatre tués vendredi dans le nord du pays. Les formations de l’opposition se sont liguées contre M. Saleh, et elles ont été rejointes par des chefs d’importantes tribus, et par des séparatistes basés dans le sud du pays, qui contestent le rattachement au nord datant de 1990. «Mais il est trop tôt pour annoncer que le président Saleh est fini», estime M. Boucek dans un entretien avec l’AFP. Le président Saleh, 68 ans, a pris le pouvoir dans le nord du pays en 1978. Avec la fin de la guerre froide, le sud marxiste et le nord tribal se sont retrouvés associés dans un état unitaire, dont il devenu président en 1990. Depuis le début de la contestation, il s’est dit déterminé à rester au pouvoir jusqu’au terme de son mandat actuel en 2013, mais il a vu des alliés proches l’abandonner progressivement. ne dizaine de députés de son propre parti, le Congrès Populaire Général, ont même démissionné pour protester contre les violences qui ont marqué le début de la contestation en janvier. Selon Amnesty International, 27 manifestants avaient été tués, avant les quatre morts annoncés vendredi. Et des mouvances qui n’ont rien en commun, comme les séparatistes du Sud ou les rebelles chiites de l’extrême Nord, se retrouvent dorénavant aux côtés de chefs de tribus ou d’ouléma sunnites pour critiquer le président Saleh.  «La mobilisation de la rue est en train de créer une nouvelle dynamique dans la politique au Yémen et elle contraint des acteurs clefs à revoir leurs alliances», explique Ginny Hill, une analyste de l’Institut Chatham House. L’un des revirements les plus significatifs a été celui de deux tribus, les Hached et les Baqil, parmi les plus importantes du Yémen, où la structure clanique est cruciale. Le président Saleh «a perdu une part significative de son pouvoir à l’égard des tribus, qui constituent un front majeur de sa confrontation avec les manifestants», explique Ibrahim Sharqieh, du Brookings Doha Center. Mais «il n’a pas tout perdu», ajoute l’analyste, et «il contrôle encore des institutions très importantes comme l’armée», qui peut aligner près de 70.000 hommes et bénéficie d’un soutien américain. M. Boucek a insisté lui aussi sur le rôle majeur de l’armée et des services de sécurité, où la famille du président détient des positions de commandement, «dans la manière dont les événements vont évoluer». En outre, selon M. Boucek, contrairement aux anciens présidents tunisien et égyptien Zine El Abidine Ben Ali et Hosni Moubarak, ou au colonel libyen Mouammar Kadhafi, M. Saleh bénéficie encore de l’appui des Etats-Unis. Même si le président yéménite s’en est pris récemment à l’Administration américaine, une éventuelle animosité entre M. Saleh et Washington semble peu concevable, alors que Sanaa reçoit plus de 160 millions de dollars en aide militaire des Etats-Unis qui comptent sur le Yémen pour combattre les émules d’Al Qaïda dans ce pays aux portes de l’Arabie Saoudite.

  William Dunlop (AFP)

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