A la rencontre de l’Islam américain (1)

Le meilleur moyen pour connaître la réalité est de se confronter directement à elle. De nombreuses idées et interrogations m’avaient taraudé l’esprit avant d’arriver aux Etats-Unis d’Amérique pour un périple de vingt jours dans ce pays-continent. En sillonnant plusieurs Etats – Washington DC (district), Detroit (Michigan), Santa Fe (New Mexico), Seattle (Washington State), on capte nécessairement des signes, des images, des bribes de réalité…, lesquels finissent par forger une forte perception et, donc, par faire émerger une opinion.
Le fil conducteur de cette découverte de l’Amérique, c’est une enquête sur l’Islam dans ce pays. J’avoue être arrivé sur le sol américain avec un certain nombre de clichés en tête. Les six premiers jours passés à Washington DC m’ont permis de vérifier des informations sur cette Amérique de l’après-11 Septembre. En parlant avec des interlocuteurs divers et variés, j’ai pu tout de suite comprendre que l’Amérique est loin d’être "en bloc" derrière le président George Walker Bush. C’est aussi là où j’ai réalisé concrètement que les 48% qui avaient voté pour John Kerry (candidat démocrate), ont soudain un visage et une réalité. Il suffit de discuter avec certains d’entre eux pour constater que Bush est raillé, critiqué, voire vilipendé. C’est un indicateur qui est loin d’être négligeable, dans un pays que je croyais claquemurer dans le bellicisme et la peur.
On ne mesure pas suffisamment, ici, à l’intérieur des USA, l’effet catastrophique et dévastateur de la politique étrangère de Bush -Afghanistan, Irak, Israël-Palestine, Liban- qui a rendu l’Amérique détestable et haïssable, en ouvrant un boulevard à l’antiaméricanisme mondialisé.
Des diplomates, des experts et des analystes… n’hésitent plus, aujourd’hui, à le dire et le faire savoir. Mais leurs avis ne pèseront pas encore lourd devant le complexe militaro-industriel et le pouvoir de l’argent, lesquels soutiennent Bush dans ses choix stratégiques. Mais cette prise de conscience et cette lucidité, notamment à la Chambre des représentants et au Sénat, guettent les signes de faiblesse du leadership présidentiel, pour rendre impossible la vie de Bush au pouvoir.
Toujours, dans cette étape washingtonienne, une rencontre avec l’universitaire Sulayman S. Nyang, Américain d’origine gambienne – et auteur d’un livre incontournable "Islam in the United States of America" – dessine la trame de l’Islam américain, le contextualise et lui donne ses dimensions passées et présentes. Cette entrée en matière permet de mieux comprendre l’ensemble de la problématique.
Aux Etats-Unis plus qu’ailleurs, tout le spectre de la religion de Mohammed est représenté : toute l’orthodoxie, et même ses hérésies, est présente sur cette terre d’élection. Ce pays qui voue un amour fou pour l’argent – tout se mesure à cette aune-là – est paradoxalement le plus religieux au monde. Neuf Américains sur dix pratiquent leur foi régulièrement !
Ayant en tête toutes ces données de base, la visite au Centre islamique de Washington DC s’impose d’elle-même. Superbe mosquée avec minaret, située dans un quartier bourgeois de la ville, sur Massachusetts Avenue.
La rencontre avec Dr. Abdullah M. Khouj (originaire de l’Arabie Saoudite), responsable du Centre, réduit le brouillard sur l’Islam US, en tout cas ne serait-ce que dans cette ville. Pour lui, les attentats malheureux du 11 septembre, même s’il y a eu des moments très durs, ont « sorti cette religion de l’invisibilité » dans laquelle elle se trouvait. Beaucoup d’Américains, dont certains se sont convertis, ont essayé de comprendre l’Islam en lisant et se documentant sur ses fondements.
Au lendemain des attentats, nous dit-il, les habitants du quartier étaient « venus spontanément en signe de solidarité et de soutien» avec les Musulmans d’Amérique. Un signal très fort, manière de dire: « Pas de place à l’amalgame et à la confusion ! ».La capitale politique des Etats-Unis regroupe bien d’autres lieux de prière, centres ou ONG islamiques.
Quelle que soit l’appréciation qu’on porte, la visite la plus étrange est celle que l’on rend à la Nation of Islam, du célèbre Farrakhan, leader noir américain – un véritable gourou. Cette branche de l’Islam US ressemble à une sorte de secte, où le culte de la personnalité est poussé à l’extrême.
Malgré la chaleur de la rencontre avec Muhammed Abdul Khadir Muhammed (un Afro-Américain) et ses collaborateurs, on reste cependant sceptique quant à la forme de l’Islam pratiqué : un outil de contestation sociale de l’ordre blanc !

• Hichem Ben Yaïche

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