À son amant, Khadija offre la vie de son mari (2)

À son amant, Khadija offre la vie de son mari (2)

Khadija a toujours les larmes aux yeux. Elle souffrait. Sa mère qu’elle ne rencontrait que rarement lui manquait. Un manque qui n’a pu être comblé ni par son père, absorbé par la corvée quotidienne et la fréquentation du café, ni par sa belle-mère, qui ne s’intéressait qu’aux besoins de son unique enfant, Ismaël. C’est comme si nul cœur n’a de place pour elle. Même Ismaël, le fils de sa belle-mère, qui était son aîné de trois ans, ne s’intéressait pas à elle. À la fleur de l’âge, elle s’est retrouvée presque solitaire. Une solitude qui tailladait son cœur, qui le déchiquetait. Malheureusement, personne ne s’est rendu compte de son état psychique, n’a ressenti ce qu’elle sentait, n’a pensé s’approcher d’elle, la consoler, l’aider. Bref, elle a été jetée dans le gouffre de la solitude et de l’amertume. Le manque d’expérience ne lui permettait pas de savoir comment s’en sortir. En fait, elle essayait de les fuir en passant la majorité de son temps dans la rue. Elle rôdait dans les quatre coins de son quartier casablancais, Sidi Othman. «Bonjour… Si tu me permets, j’ai un petit mot à te dire», lui a chuchoté à l’oreille un jeune homme quand elle venait de sortir de chez elle, cet après-midi du 1988. Khadija était à son dix-huitième printemps. Elle n’a pas prêté attention au jeune homme qui se collait à elle.
«Je m’appelle Hamid et toi ?», a-t-il balbutié. Khadija a continué son chemin, sans objectif précis. Elle a fait semblant qu’elle n’a rien entendu. Hamid a insisté. Elle s’est contentée de lui lancer un sourire sans dire le moindre mot. Il a fait un demi-tour et est parti. Le lendemain, au début de l’après-midi, quand elle est sortie de chez elle, elle s’est retrouvée face-à-face de Hamid. Que voulait-il d’elle ?
«Je t’aime», lui a-t-il lancé sur un ton sincère. Les deux mots avaient une résonance particulière dans les deux oreilles de Khadija. Deux mots qu’elle n’a jamais entendus, sauf à la télévision, dans les films arabes. Elle a gardé le silence. Il a répété les deux mots tout en lui demandant de lui accorder deux minutes. Pas plus. Enfin, un beau sourire s’est glissé entre ses deux lèvres. Et une lueur d’espoir s’est infiltrée au cœur de Hamid qui s’est encouragé pour lui exprimer ses nobles sentiments. Khadija était heureuse, pleine de joie, très contente de l’entendre. Mais, comme la veille, elle a gardé le silence. Pas un seul mot. D’abord, elle était très timide. Et il n’était pas dans son habitude de parler à un étranger, une personne qu’elle ne connaît pas. «Je souhaite te voir demain si Dieu le veut», lui a-t-il lancé tout en lui sollicitant de s’exprimer verbalement. Elle s’est contentée de hocher sa tête. C’était un moment inoubliable pour Hamid. Enfin, elle a accepté de le rencontrer. A-t-il pu dormir cette nuit ? A-t-il pensé à elle toute la nuit ? Et elle? Comment a-t-elle passé cette nuit? Est-elle arrivée à fermer les yeux ? Le lendemain, dans l’après-midi, ils se sont rencontrés. Hamid l’a invitée à prendre un café. C’était pour la première fois de sa vie qu’elle s’assoit dans un café. Et c’était pour la première fois également qu’elle s’était sentie féminine, charmante et séduisante. Hamid causait et elle l’écoutait attentivement sans dire un mot. Il lui a exprimé son amour, un amour fou, un coup de foudre. Ils sortaient presque quotidiennement, sillonnaient les ruelles, non loin de leurs quartiers, s’attablaient dans les cafés du centre-ville, profitaient de quelques moments au parc de la Ligue arabe pour s’embrasser loin des regards furtifs des curieux. Chacun d’eux ne pensait qu’à l’autre. C’était le vrai et le grand amour.

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