Abdelali Hadi : la victime de la pédophilie qui devient serial killer (suite et fin)

Abdelali Hadi : la victime de la pédophilie qui devient serial killer (suite et fin)

Depuis 16 h 30 de ce jeudi 2 décembre 2004, l’interrogatoire d’Abdelali Hadi se poursuit sans arrêt. Inlassablement, celui-ci répond sans le moindre gêne. Il semble avoir beaucoup d’énergie, de courage et de force. Il fixe ses yeux sur le président de la Cour. C’est comme s’ils étaient seuls dans la salle d’audience.
«- Tu n’avais pas le courage de te livrer à la police ?
– Il n’était pas la question de courage M. le président… J’étais plus courageux, mais je ne savais pas pourquoi j’hésitais. C’est pourquoi j’ai écrit mon nom de famille, Hadi, sur un papier d’un agenda et je l’ai mis parmi les ossements… C’était pour aider les policiers à m’identifier.
– Sur ce bout de papier, tu as aussi écrit ADIDAS. Quel message voulais-tu transmettre aux enquêteurs ?
– Non, je n’ai pas de message à transmettre à la police. ADIDAS, c’est le nom d’une marque d’espadrilles que j’ai copiée d’une jacket.
– Et le chiffre 55 ?
– Dans 55, il y a deux 5. Je voulais juste dire à la police que ce Hadi mérite qu’on lui mette les menottes (en dialecte marocain on dit «numéro 5» aux menottes).
– Tu as déclaré à la police judiciaire qu’un enfant, un certain Taïb, est arrivé à s’échapper après trois jours de séquestration dans ton logis de fortune, qu’en dis-tu ?
– Oui, M. le président. Il m’est arrivé de perdre cet enfant, Taïb…Il est originaire de la ville de Rabat. J’ai aimé cet enfant. Je prenais soin de lui. J’ai abusé de lui à maintes reprises.
– Et ensuite ? Continue de nous raconter ce qui est arrivé à ce Taïb.
– Je lui ligotais les mains et les pieds durant les trois jours. Je le bâillonnais également pour qu’il ne demande pas secours. Je l’ai gardé chez moi durant trois jours. Mais, il est arrivé à s’échapper quand j’ai essayé d’abuser de lui la dernière fois.
– Menaçais-tu les enfants avec un couteau ?
– Non, M. le président. Parce que je n’aime pas voir le sang. Mais une image hante toujours mon esprit. C’est celle de Saïd Al Idrissi. Je me souviens de lui comme si c’était hier. Quand je l’ai muselé avec du scotch et j’ai empoigné son visage, ses oreilles et son nez ont été blessés. J’ai vu du sang qui coulait de ses oreilles. C’était difficile pour moi. Parce que je déteste voir le sang.
– Si nous décidons de te relâcher, reprendras-tu tes actes criminels?
– Non, M. le président. Je ne les referai plus. Parce que je regrette aujourd’hui tout ce que j’ai fait aux enfants. C’était comme si j’ai oublié Dieu, je ne me suis rappelé de lui qu’au moment où la police m’a menotté».
Plus de quatre heures d’interrogatoire. Et deux heures de plus pour le réquisitoire du représentant du ministère public et des plaidoiries des avocats de la défense, constitués dans le cadre d’assistance judiciaire et des avocats de la partie civile, représentants des associations de la société civile, avant que la Cour ne se retire pour les délibérations.Vers 23h, la Cour rentre dans la salle d’audience et siège au perchoir pour rendre son verdict : la peine de mort.Le vendredi 3 décembre 2004, la ville de Taroudant reprend son cours normal et les enfants jouent en toute tranquillité dans la rue et à la gare routière, celle-ci même qui porte, à son tour, les stigmates et les mauvais souvenirs, continue de regorger de porteurs, de marchands ambulants, encore mineurs.

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