Abdelaziz Stati : Chanteur pittoresque

Tout en lui rappelle cette campagne marocaine, si démunie mais si prête à faire la fête, sacrifiant en cela âme et biens. A lui tout seul, Abdelaziz Stati est un excès, un de plus qui s’ajoute au long catalogue d’excès propres à la région de la Chaouia-Doukkala.
Un excès dont l’amour est affiché, non sans fierté, par tous ceux qui ont l’amour du Chaâbi en commun, et ils sont nombreux.
Comme pour plusieurs chanteurs du Chaâbi, c’est dans les pâturages que Stati, Abdelaziz El Arbaoui de son vrai nom, s’est fait ses premières armes en matière de violon, ou devrait-on devrait dire kamanja, histoire de faire la part des choses, et des références. Des débuts marqués par des séances de bricolage qui consistaient à rassembler un morceau de bois pour en faire un manche, un bidon d’huile de moteur pour confectionner une caisse de résonance et des fils en plastique pour en faire des cordes. L’apprentissage pouvait commencer, tout en gardant un oeil attentif sur le troupeau dont il était le berger.
Jeune, Stati, qui tient cette appellation de ses mains, portant chacune six doigts au lieu de cinq, fait preuve d’un « talent » considérable. A ses capacités de joueur s’est ajoutée une voix qui porte le vin frelaté et le tabac noir aidant. Stati se voit alors invité à se produire dans les fêtes de mariages. Là où ils sont écoutés, ses chants remuent le public. Un public que les mélodies de Stati, sa gestuelle et les quelques verres du fameux Moghrabi et/ou les taffes du bon kif poussent la joie et la fête jusqu’au paroxysme. De succès en succès, Stati se voit invité à des cérémonies plus distinguées, dans la campagne comme en ville. La ville où il ne se contente pas d’animer des fêtes, mais enregistre plusieurs albums. Le succès populaire est garanti, l’argent coule à flot, ainsi que tout le reste. Pour bien de gens, c’est tout simplement une grosse bouffée d’oxygène, un défouloir. On se régale tout simplement. Pour d’autres, c’est le Maâna (le sens, mais de quoi ?).
Le violon et les percussions sont au rendez-vous, des Chikhates, choisies au peigne fin également. Car Stati ne veut plus « de ces tas de graisse qui ne servent qu’à bouger leur hanches et le « boute » (le nombril et la zone avoisinante). Lui, il veut des filles à la fleur de l’âge, dont les tailles et les minois correspondent aux critères de beauté les plus à la page. Stati ne veut pas non plus se contenter d’épater la galerie, mais commence également à faire dans la chanson engagée. L’immigration, la morale, la religion, la société et ses maux font leur entrée dans les textes de Stati, réussis parfois, arrimés tant bien que mal parfois.
Des chansons, surtout celles liées à la Ghourba (l’éloignement, en référence au Marocains résidant à l’étranger), qui ont porté son succès jusqu’en Europe, où il donne régulièrement des concerts. Une carrière et une vie bien remplies, jusqu’au jour où le célèbre chanteur populaire est arrêté dans la soirée du mercredi 26 mai à Casablanca, puis transféré à Marrakech. Il était recherché dans le cadre de l’affaire des consommateurs de cocaïne qui avait défrayé la chronique il y a quelques mois. Un certain Mohamed Chakib Teka, condamné à 3 ans de prison en appel, avait cité Stati comme… présent à une soirée où de la cocaïne circulait. Son dossier étant «vide», Stati a été libéré. Depuis, on n’entend plus parler de lui. Aucun moyen de le joindre n’a été possible. Serait-ce la fin de celui qui n’a cessé de faire vibrer bien de ventres, où serait-ce juste une pause, histoire de faire chauffer les bendirs de la reprise ?

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