Abdelkrim Benatiq : «Nous devons réhabiliter l’école publique»

Abdelkrim Benatiq : «Nous devons réhabiliter l’école publique»


ALM : Le dysfonctionnement du système judiciaire est pointé du doigt. SM le Roi appelle à une réforme de ce système. Pourquoi la justice aujourd’hui ?
Abdelkrim Benatiq : La justice, dans une société démocratique, est l’élément-clef. C’est le fondement même de la démocratie. C’est la justice qui protège la démocratie. Par ailleurs, on ne peut parler d’évolution vers une économie moderne sans avoir une justice performante. La justice est le chantier prioritaire de toute réforme. Elle doit être à l’abri de toute action partisane. Elle doit réhabiliter la confiance du citoyen. Dans le secteur de la justice, il y a de grandes compétences qu’on doit exploiter. Il n’y a pas un modèle absolu dans le monde, mais le Maroc doit développer son propre modèle tout en profitant des expériences existantes au niveau international. Je pense particulièrement au modèle francophone, anglophone, et hispanophone. Là où il y a des points forts qu’on peut adapter à notre système, il faut les adapter, sans complexe. Arrêtons de théoriser sur la réforme de la justice, on doit s’attaquer à cette réforme.

SM le Roi a mis en place le concept de « sécurité judiciaire ». Que veut dire pour vous ce concept ?
Chacun doit se sentir en sécurité devant une justice indépendante. Par exemple, un opérateur économique, marocain ou étranger, qui veut investir au Maroc, doit être rassuré qu’il ne perdra pas ses droits. Et tout Marocain doit se sentir protégé. Au-delà de ce concept, je pense que toute réforme doit être réfléchie. Et c’est l’affaire des professionnels et des compétences. Et puis après, c’est aux décideurs politiques de mobiliser pour convaincre à la fois les acteurs politiques et l’opinion publique parce que la justice est au cœur du projet de société.

Le système éducatif s’est révélé être un échec retentissant. Comment imaginez-vous le salut de ce système ?
Le Maroc n’as pas de pétrole ni de gaz. Sa richesse, c’est l’Homme. Et donc c’est le citoyen de demain qui est en jeu. D’où le rôle de l’enseignement. Tout le monde est d’accord sur l’échec de toutes les réformes, depuis les années 60. C’est une responsabilité partagée. Maintenant, il faut réfléchir sur les moyens de surmonter la crise. Nous devons réhabiliter l’Ecole publique parce qu’elle est à la base de tout. Le citoyen de demain doit être formé, imprégné de valeurs de citoyenneté, avoir la capacité d’entrer en compétition, que ce soit sur le marché intérieur ou extérieur. Il est temps de faire, avec courage, sans démagogie ni complexe, le bilan de l’arabisation ; enquêter sur les raisons du taux d’échec élevé ; et comprendre pourquoi le décalage entre l’Ecole et la famille en tant que structure éducative est devenu grand. La famille, autant que la commune, doivent être impliquées dans tout projet de réforme.

Que pensez-vous de la réforme agraire ?
La réforme agraire s’impose parce que tout le monde est confronté à la crise alimentaire. Au Maroc, il y a eu plusieurs réformes. Aujourd’hui, il faut attaquer les secteurs porteurs. La relance de ces secteurs passe par l’accès à un financement efficace et pas cher, le développement de la recherche vu que c’est cette recherche qui fait la différence entre ceux qui sont forts et qui produisent mieux et ceux qui ont des rendements faibles. Il faut également encourager l’encadrement car on ne peut pas continuer à gérer notre agriculture sans tenir compte de la nécessité de l’encadrement et la promotion des compétences. Il faut valoriser l’agriculture pour attirer les compétences.
Une exploitation agricole doit être gérée aujourd’hui par des cadres administratifs et financiers, par plusieurs ingénieurs agronomes et des techniciens opérationnels. Il n’y a pas de rendement sans encadrement humain.

La réhabilitation et l’élargissement de la classe moyenne ont occupé une bonne place dans le discours royal. Quel rôle peut jouer cette classe dans le Maroc d’aujourd’hui ?
Il ne peut y avoir de société en transition vers la démocratie sans une classe qui doit jouer un rôle de jonction entre les riches et ceux qui n’ont pas les moyens. Malheureusement, la classe moyenne au Maroc est surendettée, délaissée, voire rejetée. Et parfois on se pose la question si elle existe vraiment. La disparition de la classe moyenne est un danger réel pour l’équilibre de la société.

La problématique de l’eau et de l’énergie a également été soulignée par le Souverain. Peut-on parler d’évolution en l’absence de ces deux éléments moteurs de développement ?
On a deux problèmes majeurs: l’eau et l’énergie. Maintenant, on doit prendre conscience de l’importance de cela. Demain, on devra développer des techniques pour bénéficier de l’eau de mer à la fois pour l’irrigation et l’eau potable. Pour l’énergie, on est obligé de rationaliser la consommation. C’est bien d’avoir un plan pour faire face au problème énergétique, mais il faut vulgariser ce plan pour que les gens puissent au moins mesurer l’importance de l’énergie. 

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